Aujourd'hui, conformément au plan de lecture de la Bible sur trois ans, nous commençons à lire des passages choisis du livre du prophète Ézéchiel. L'un des « grands prophètes », Ézéchiel naquit en Judée vers 622 avant J.-C. et était prêtre. Avec la première caravane de captifs, en 597 avant J.-C., Ézéchiel fut emmené à Babylone et...
Aujourd'hui, conformément au plan de lecture de la Bible sur trois ans, nous commençons à lire des passages choisis du livre du prophète Ézéchiel. L'un des « grands prophètes », Ézéchiel naquit en Judée vers 622 avant J.-C. et était prêtre. Emmené à Babylone avec la première caravane de captifs en 597 avant J.-C., il vécut dans le village de Tel-Abib, au bord du fleuve Kebar, près de Nippur, l'un des centres religieux de la Babylonie. C'est là, au bord du Kebar, que Dieu accorda au prophète plusieurs visions, par lesquelles débuta son ministère prophétique en 592 avant J.-C. Ézéchiel avait alors environ trente ans. La maison du prophète à Tel-Abib, comme celles de nombreux prêtres en exil, devint un lieu de rassemblement pour les Juifs déportés (c'est précisément de ces maisons d'assemblée, à l'époque de l'Exil, que naquit la synagogue). C'est probablement aux personnes qui venaient le voir que le prophète adressait ses prédications enflammées. On ignore à quelle époque il les consigna dans un livre. Le prophète mourut vers 571 avant J.-C.
Le premier chapitre du livre du prophète Ézéchiel contient la description de sa première vision, qui fut en même temps son appel au ministère prophétique. La question la plus brûlante de la vie spirituelle du prophète, comme de tout Israël au début de l'Exil, était probablement : « Pourquoi ? » Pourquoi cela s'était-il produit ? Comment était-il possible que la cité de David, apparemment protégée à jamais par la promesse de Dieu, ait été dévastée ? Et pourquoi Israël, le peuple élu de Dieu, n'avait-il pas entendu les avertissements redoutables et les appels au repentir que le Tout-Puissant lui adressait par les prophètes de la fin du VIIe et du début du VIe siècle ? Que s'était-il passé ? Et voici qu'une vision indescriptible apparaît à Ézéchiel, et que la gloire de Dieu se révèle à lui comme une réponse à toutes ces questions douloureuses.
Le rayonnement de la gloire transcendante de Dieu, qu'Ézéchiel tente de décrire, n'est que le début de la révélation. Ensuite, le Seigneur prononcera la parole que le prophète annoncera à ses compatriotes et aux générations à venir. Mais il importe qu'il commence par décrire un spectacle extraordinaire. Dans le grondement du vent du nord, qui avait toujours été pour Israël le symbole de la colère de Dieu, le prophète contemple en silence un mouvement mystérieux. La description même de la vision du prophète Ézéchiel déterminera à jamais toute la représentation visuelle des puissances célestes dans l'esprit des croyants. Toute l'iconographie chrétienne des puissances incorporelles repose, d'une manière ou d'une autre, sur les paroles d'Ézéchiel. Mais pour son époque, cette description est absolument unique. Les prophètes des temps anciens — Moïse, Élie, Isaïe — auxquels Dieu avait accordé de contempler Sa Gloire, s'étaient limités à des images imprécises. Dans le Pentateuque de Moïse, les manifestations de Dieu se produisent dans des ténèbres que le regard humain ne peut pénétrer. La présence du Tout-Puissant effleure Élie comme le souffle d'un vent léger. Isaïe, selon ses propres termes, ne voit que les pans de Ses vêtements et entend les voix d'êtres incorporels. Avant Ézéchiel, la seule image visible de la gloire de Dieu était la colonne de feu et de nuée qui marchait devant Israël lors de la sortie d'Égypte. Ézéchiel tente pour la première fois, au moyen de ressemblances avec des objets terrestres, de décrire — ou, plus exactement, de peindre avec des mots, comme sur une icône — ce qui lui a été révélé.
Il est difficile de donner une interprétation détaillée de la vision de la gloire de Dieu décrite par Ézéchiel au premier chapitre. Un trait caractéristique de cette description est son caractère approximatif. Le prophète lui-même appelle ces images des « ressemblances », afin que nous ne soyons pas tentés de penser que nous connaissons exactement et avons vu toute la plénitude de la Gloire. On peut néanmoins distinguer plusieurs aspects significatifs de la vision.
Il y a d'abord ce mouvement mystérieux qui s'accomplit simultanément « dans les quatre directions ». Insaisissable sur le plan iconographique, ce mouvement souligne que le prophète voit quelque chose de vivant : la Gloire du Dieu Vivant. En même temps, ce mouvement incessant se révèle à lui comme le sens et la force qui guide toute l'histoire humaine. Il voit Dieu venir à Son peuple, comme Il l'avait promis par les prophètes. Ensuite, un trait caractéristique de la vision d'Ézéchiel est la lumière, le rayonnement de la Divinité. Il y a là à la fois la continuation de la tradition de l'Ancien Testament et l'annonce du Christ, qui sera la Lumière du monde. Le prophète répète ensuite à de nombreuses reprises le nombre quatre dans sa description. Dans le langage de la symbolique biblique des nombres, ce nombre désigne avant tout les quatre points cardinaux, le monde entier. La Gloire que contemple le prophète embrasse le monde entier, et celui-ci lui apparaît comme le marchepied du Tout-Puissant. Enfin, malgré toutes leurs différences, les étranges créatures ailées aux multiples faces ont ceci en commun : aucune ne ressemble à un être humain. Il y a donc ici une opposition à la représentation anthropomorphique des puissances incorporelles, si caractéristique des cultures orientales et hellénistiques. Mais au centre de la vision se trouve une mystérieuse figure semblable à un être humain, que le prophète décrit dans les dernières lignes du premier chapitre. On peut dire que ce n'est pas tant la vision du prophète qui ressemble à l'être humain que l'être humain qui ressemble à Celui dont la Gloire s'est révélée à Ézéchiel. C'est en partie sur cette vision que repose l'emploi, par le prophète et ses successeurs, de l'expression « Fils de l'homme », par laquelle le Seigneur Jésus-Christ Se désigne le plus souvent.
3 a) Les vv. 1-3 paraissent juxtaposer deux introductions distinctes. L’une, vv. 2-3, impersonnelle, annonce l’ensemble du livre d’Ézéchiel et date la première vision du prophète, de la 5e année de l’exil de Joiakîn, soit 593-592. L’autre, v. 1, était peut-être rattachée à la vision du char de Yahvé lorsque celle-ci n’avait pas encore trouvé sa place actuelle, cf. Introduction. Mais alors la date (30e année) est difficile à interpréter, à moins qu’on ne la corrige en « 13e année » (de l’exil de Joiakîn), soit l’été de 585.
3 b) Expression fréquente chez Ézéchiel pour désigner l’extase, cf. 3.22 ; 8.1 ; 33.22 ; 37.1 ; 40.1. — Les versions lisent « sur moi » au lieu de « sur lui »; il faut alors rattacher 3 à 4.
4 c) Cette vision est certainement destinée aux exilés. Certains détails en sont obscurs, mais le sens général est clair c’est la « mobilité » spirituelle de Yahvé, qui n’est pas attaché au Temple de Jérusalem mais peut suivre ses fidèles jusque dans leur exil.
10 d) Ces êtres étranges rappellent les Kâribu assyriens (dont le nom correspond à celui des Chérubins de l’arche, cf. Ex 25.18), êtres à tête humaine, corps de lion, pattes de taureau et ailes d’aigle, dont les statues gardaient les palais de Babylone. Ces serviteurs des dieux païens sont ici attelés au char du Dieu d’Israël expression frappante de la transcendance de Yahvé. Les « quatre Vivants » de l’Apocalypse, Ap 4.7-8, etc., reprennent les traits des quatre êtres vivants d’Ézéchiel. La tradition chrétienne en a fait les symboles des quatre évangélistes.
11 e) « Leurs ailes » grec ; « Leurs faces et leurs ailes » hébr.
14 f) Ce v., absent du grec, est peut-être une glose.
17 g) Texte incertain. Littéralement « vers les quatre côtés de ceux-ci, en marchant, elles avançaient ».
18 h) « de reflets », litt. « d’yeux »; mais il faut interpréter ce mot d’après son usage figuré où il a le sens d’« éclat », cf. vv. 4, 7, 16, 22, 27 ; 8.2 ; 10.9. — Ici, cette mention des « reflets » est peut-être une glose inspirée de 10.12.
20 i) Après « allaient », hébr. ajoute « à l’esprit pour avancer », omis par mss, grec et syr.
22 j) Après « cristal », hébr. ajoute « effrayant »; omis par grec.
22 k) Ainsi les animaux portent le trône de Yahvé plutôt qu’ils ne le traînent. Comparer l’arche d’alliance, Ex 25.10, où « Yahvé siège sur les Chérubins », 1 S 4.4, etc.
23 l) L’hébr. répète « chacun en avait deux le couvrant », dittographie omise par mss et grec.
25 m) L’hébr. ajoute « au-dessus du firmament qui était sur leurs têtes, quand ils s’arrêtaient ils repliaient leurs ailes », dittographie omise par plusieurs manuscrits et versions.
28 n) Les Israélites craignaient de voir la face de Yahvé, aussi le plus souvent Dieu leur montrait sa « gloire », c’est-à-dire les signes extérieurs qui environnent et révèlent sa personne, cf. Ex 33.18, 22, etc. La gloire de Yahvé est donc le signe de sa présence. Habituellement, elle a l’apparence d’une nuée lumineuse, Ex 16.10 ; 43.1-5 ; ici la nuée est accompagnée d’une sorte de silhouette humaine brillante et rayonnante.
À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.
Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.
D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.
Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».
Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.
Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.
En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.
On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.
Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.
Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.