Qu'est-ce qu'une parabole? Pourquoi Jésus parle-t-il au peuple en paraboles? Pourquoi est-il donné aux disciples de connaître les mystères du Royaume — et Jésus leur explique-t-il le sens de ses paraboles — tandis qu'il laisse apparemment les autres dans l'ignorance? Pour répondre à toutes ces questions, il importe de comprendre à quoi servaient les paraboles dans l'Antiquité — et en Orient au Moyen Âge et plus tard, jusqu'à nos jours.
Il semblerait que le plus simple serait de tout expliquer directement: alors personne n'aurait aucun malentendu. En réalité, cependant, une telle approche de front n'est bonne qu'en partie, et pas seulement parce qu'elle désapprend à l'homme de penser en lui proposant des réponses toutes faites. Le problème est aussi qu'avec un tel enseignement, l'élève n'a souvent même pas de questions. Il ne sait absolument pas quoi demander, car le maître décide à sa place ce qu'il doit savoir. La parabole agit autrement.
Elle permet avant tout à l'homme de voir l'inhabituel dans l'habituel, l'inattendu là où tout paraît depuis longtemps connu et compris. Elle apprend à l'homme à poser des questions — et non des questions oiseuses. Il existe des questions posées pour elles-mêmes, simplement pour passer le temps dans une conversation plus ou moins savante et plus ou moins amicale. La parabole apprend à poser des questions devenues urgentes parce que ce qui était familier s'est, sinon effondré, du moins mis à vaciller. Les questions urgentes sont celles que l'on pose de l'intérieur de cette réalité vacillante.
L'homme est évidemment libre; il peut écarter la parabole d'un geste, et sa réalité retrouvera alors sa stabilité — ou du moins le croira-t-il. Dans ce cas, la parabole ne restera pour lui qu'un conte, une fable, un beau paradoxe sans rapport avec sa propre vie ni avec la vie en général. C'est de tels hommes que Jésus dit qu'ils voient sans voir et entendent sans entendre.
Ceux qui sont disposés à écouter doivent d'abord prendre conscience des questions qui découlent de la parabole et les formuler pour eux-mêmes, comprendre ce qui leur est obscur et inhabituel au sein de ce qui est clair et habituel. L'homme peut et doit accomplir lui-même ce travail; il n'a besoin ici d'aucun indice. Tant qu'il ne l'a pas fait, il demeure parmi ceux que le Sauveur appelle « ceux du dehors ». Une fois les questions formulées, on les pose, comme le font les disciples de Jésus.
C'est alors seulement qu'il devient possible de parler directement: l'homme entendra et comprendra, bien sûr chacun selon sa mesure. Jésus agit précisément ainsi. Il n'est pas un maître au pire sens du mot, de ceux qui imposent leur savoir à tous ceux qui n'ont pas eu le temps ou la possibilité de s'enfuir. Il ne parle qu'à ceux qui sont prêts à entendre et le désirent, tout en laissant la porte ouverte aux autres au cas où ils voudraient entrer.
