Nous avons devant nous un psaume solennel, rempli du sentiment de vénération devant la grandeur du Créateur, pénétré de la crainte de Dieu, la seule crainte qui n'abaisse pas, mais libère et élève l'homme. Le tableau majestueux de la marche du Seigneur au-dessus des peuples permet de rappeler...
Nous avons devant nous un psaume solennel, rempli du sentiment de vénération devant la grandeur du Créateur, pénétré de la crainte de Dieu, la seule crainte qui n'abaisse pas, mais libère et élève l'homme. Le tableau majestueux de la marche du Seigneur au-dessus des peuples permet de rappeler des motifs qui nous sont bien connus par d'autres livres bibliques, gravés dans les prières composées par de nombreux justes et psalmistes. Mais voici devant nous une autre dimension de la connaissance de Dieu, et elle n'est plus saisie par l'ancien savoir, mais par une foi vivante qui a arraché au cœur du prophète une confession de fidélité.
Nous voyons une qualité nouvelle de fidélité au Créateur, inséparablement liée à la révélation sur la foi. La foi d'Habacuc ne dépend absolument pas du fait qu'il reçoive ou non quelque chose du Seigneur. Ce n'est pas pour lui demander quelque chose, ni pour résoudre des tâches pratiques quelconques, qu'Habacuc est prêt à se tourner vers lui. Non, il est prêt à le suivre de manière entièrement désintéressée: il est sûr que la justice de Dieu, en elle-même, vaut plus que les biens terrestres et la réussite de la vie. Tout le reste, nécessaire aux hommes, le Seigneur le leur donnera; comme il sera dit plus tard, cela leur sera ajouté. Mais il veut donner à l'homme beaucoup plus que celui-ci n'est capable d'imaginer à partir de son expérience terrestre.
1 k) Cette prière, comme de nombreux psaumes, joint à la supplication un hymne à la puissance divine. Le titre, la présence de « pauses » et l’indication du v. 19d signalent une utilisation liturgique. — Tout ce chap. est absent du commentaire d’retrouvé à Qumrân, cf. l’Introduction.
1 l) Comme dans les Ps, cette mention peut indiquer non l’origine littéraire, mais simplement l’appartenance à un recueil, ici au livre d’Habaquq.
2 m) Littéralement « ce que tu fais entendre ».
2 n) L’ensemble des interventions de Yahvé pour son peuple aux temps mosaïques et à l’époque des Juges (cf. 1.12). Cf. Ps 44.2-9 ; 77.12-13 ; 95.9 ; Jg 2.7 ; Dt 11.7.
2 o) « En notre temps », litt. « au milieu des années ». — Pour ces deux derniers stiques, le grec porte « Au milieu de deux animaux tu te manifesteras ; quand seront proches les années tu seras connu ; quand sera venu le temps tu apparaîtras », texte qui, avec Isa 1.3, est à l’origine de la tradition sur les deux animaux de la crèche de Bethléem.
3 p) « Éloah » nom divin archaïque. Témân district nord du pays d’Édom ou Séïr. Parân montagne à situer en Édom. — Ici commence la théophanie, cf. Ex 19.16, comprenant l’arrivée, vv. 3-7, et le combat, vv. 8-15, de Yahvé. Cette vision épique évoque par plusieurs traits la marche triomphale de Yahvé à la tête de son peuple lors de l’Exode, type, cf. Isa 40.3, de la délivrance future. Yahvé (« le Saint », cf. Dt 33.3 ; Isa 6.3) s’avance depuis le Sinaï, cf. Ex 24.9-11, vers Canaan, cf. Nb 20.14s, par le sud-est de la Palestine, région d’où viennent aussi les orages. Son approche est décrite, vv. 3s, sous l’aspect d’un nuage orageux, cf. Ps 18.8s ; 29. Les expressions désignent tantôt la nuée, tantôt Yahvé qui s’y manifeste.
4 q) « Son éclat » versions ; « l’éclat » hébr. — « des rayons », litt. « des cornes », mais cf. Ex 34.29-30, 35.
5 r) Le même mot resheph , dérivé du nom du dieu phénicien de l’éclair, désigne la foudre, la grêle, la calamité et, ici (par parallélisme avec « la peste » et cf. Dt 32.24), la fièvre brûlante.
6 s) Les expressions « monts éternels », « collines antiques », prennent ici un sens cosmique, cf. Ps 90.2 ; Pr 8.25 ; Jb 15.7 ; elles désignent les lieux de séjour des Patriarches dans Gn 49.26 ; Dt 33.15.
7 t) Madiân, cf. Ex 2.15. Kushân est sans doute une désignation archaïque de cette même région.
8 u) L’hébr. ajoute ici « ou contre les fleuves ».
8 v) Comme en Jg 5.4-5 ; Ps 77.17-20 ; 114.3-7, l’intervention de Yahvé s’accompagne de commotions cosmiques, cf. Am 8.9. Il y a peut-être là l’utilisation poétique d’anciennes traditions sur la création, conçue comme une lutte de Dieu contre les éléments révoltés (l’Abîme, la Mer, le Fleuve, etc.), cf. Jb 7.12. Ici le combat aboutit à la défaite de l’« impie », c’est-à-dire du Chaldéen, vv. 13-15.
9 w) « tu rassasies l’Amorite » sibba`ta ’emorî , conj. ; TM « les serments sont les traits de la parole », relecture liturgique pour la fête de la Pentecôte où l’on célébrait le don de la Loi et où l’on jurait de l’accomplir. Le texte primitif fait allusion à Jos 10.11, 13, comme le montre la suite (orage avec arrêt du soleil et de la lune). — Les traits sont les éclairs, cf. v. 4 et Ps 29.7 ; 77.18. Yahvé comparé à l’archer cf. Dt 32.23 ; Ez 5.16, etc. L’arc symbole de force cf. Gn 49.24 ; Jb 29.20, etc.
9 x) Pluie diluvienne de l’orage, cf. Ps 77.17-19 ; Jg 5.4.
11 y) L’abîme souterrain, l’océan primordial, qui joint ses eaux à la pluie du ciel.
13 z) Ici plutôt le peuple (cf. Ps 28.8 ; Ex 19.6) que le roi. — La suite du v. est très difficile et sa traduction incertaine « rocher » çûr conj. ; « cou » çawwa’r , hébr.
14 a) Texte incertain ; « ses guerriers » Vulg. ; « ses chefs » grec ; l’hébr. à un mot inintelligible. — « nous disperser » conj. ; « me disperser » hébr.
16 b) Cf. v. 2 et Isa 21.3-4 ; Jr 23.9 ; Dn 8.18, 27 ; 10.8. La terreur religieuse et l’angoisse du prophète devant le combat de Yahvé et les maux qui l’accompagnent, vv. 16-17, cèdent à la joie du salut et de la sécurité en Yahvé, vv. 18-19, cf. 16e.
16 c) « chancellent mes pas » yirgezû ashshurî conj. cf. grec ; ’asher « qui » hébr. — On traduit aussi « pour monter contre un peuple qui nous assaille ».
16 d) Ou « pour monter contre... ».
17 e) Ce tableau de misère agricole, dans le contexte d’un combat cosmique, peut être une glose (renforçant la leçon d’espérance en Yahvé), à moins qu’il ne veuille décrire les dégâts causés en Juda par la guerre.
19 f) « les cimes » grec ; « mes cimes » hébr.
19 g) « Sur instruments » conj. ; « mes instruments » hébr. — Ces indications figurent d’ordinaire en tête de Psaumes.
Le court livre d’Habaquq est très soigneusement composé. Il débute par un dialogue entre le prophète et son Dieu : à deux complaintes du prophète répondent deux oracles divins, 1.2–2.4. Le second oracle fulmine cinq imprécations contre l’oppression inique, 2.5-20. Puis le prophète chante, dans un psaume, le triomphe final de Dieu, 3. On a contesté l’authenticité de ce dernier chapitre, mais, sans lui, la composition serait boiteuse. Les indications musicales qui l’encadrent et le ponctuent attestent seulement que ce psaume servit à la liturgie. Il est douteux qu’il faille étendre cet usage cultuel à tout le livre ; son style s’explique suffisamment par l’imitation de pièces liturgiques. Cela ne suffit pas pour faire d’Habaquq un prophète cultuel, un membre du personnel du Temple. Le commentaire d’Habaquq qui provient de Qumrân ne s’étend pas au-delà du chap. 2, mais cela ne signifie rien contre l’authenticité du chap. 3.
On discute sur les circonstances de la prophétie et l’identification de l’oppresseur. On a pensé aux Assyriens ou aux Chaldéens, ou même au roi de Juda, Joiaqim. La dernière hypothèse n’est pas soutenable ; les deux autres s’appuient sur de bons arguments. Si l’on accepte que les oppresseurs représentent les Assyriens, c’est contre eux que Dieu suscite les Chaldéens, 1.5-11, et la prophétie se placerait avant la chute de Ninive en 612. On peut aussi admettre que les oppresseurs sont d’un bout à l’autre les Chaldéens, nommés à 1.6. Ils ont été les instruments de Dieu pour châtier son peuple, mais ils seront châtiés à leur tour pour leur violence inique, car Yahvé s’est mis en campagne pour sauver son peuple, et le prophète attend cette intervention divine avec une angoisse qui fait enfin place à la joie. Si cette interprétation est valable, le livre se date entre la bataille de Karkémish en 605, qui a donné le Proche-Orient à Nabuchodonosor, et le premier siège de Jérusalem en 597. Habaquq serait ainsi de peu postérieur à Nahum et, comme lui, contemporain de Jérémie.
Dans la doctrine des prophètes, Habaquq apporte une note nouvelle : il ose demander à Dieu compte de son gouvernement du monde. Oui, Juda a péché, mais pourquoi Dieu, qui est saint, 1.12, qui a des yeux trop purs pour voir le mal, 1.13, choisit-il les Chaldéens barbares pour exercer sa vengeance, pourquoi fait-il punir le méchant par un plus méchant que lui, pourquoi a-t-il l’air d’aider au triomphe de la force injuste ? C’est le problème du Mal posé sur le plan des nations et le scandale d’Habaquq est aussi celui de beaucoup d’âmes modernes. À lui et à elles vient la réponse divine : par des voies paradoxales, le Dieu tout-puissant prépare la victoire finale du droit, et « le juste vivra par sa fidélité », 2.4, perle de ce petit livre, que saint Paul enchâssera dans sa doctrine de la foi, Rm 1.17 ; Ga 3.11 ; He 10.38.