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Lecture en trois ans pour le 30 avril 2026

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 13

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 1 La ceinture bonne à rien., 12 Les cruches de vin entrechoquées., 15 Perspectives d’exil., 18 Menaces à Joiakîn., 20 Admonestation à Jérusalem inconvertissable.
Ainsi me parla Yahvé : « Va t’acheter une ceinture de lin et mets-la sur tes reins. Mais ne la trempe pas dans l’eau. »
J’achetai une ceinture, selon l’ordre de Yahvé, et je la mis sur mes reins.
Une deuxième fois, la parole de Yahvé me fut adressée :
« Prends la ceinture que tu as achetée et que tu portes sur les reins. Lève-toi, va à l’Euphrate et cache-la dans la fente d’un rocher. »
J’allai donc la cacher vers l’Euphrate comme Yahvé me l’avait ordonné.
Bien des jours s’étaient écoulés, quand Yahvé me dit : « Lève-toi, va à l’Euphrate et reprends-y la ceinture que je t’avais ordonné d’y cacher. »
J’allai à l’Euphrate, je cherchai et je retirai la ceinture du lieu où je l’avais cachée. Et voici qu’elle était détruite, inutilisable.
Alors la parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
« Ainsi parle Yahvé. C’est ainsi que je détruirai l’orgueil de Juda, l’immense orgueil de Jérusalem.
10 Ce peuple mauvais, ces gens qui refusent d’écouter mes paroles, qui suivent l’obstination de leur cœur et courent après d’autres dieux pour les servir et se prosterner devant eux — ce peuple deviendra comme cette ceinture, inutilisable.
11 Car, de même qu’une ceinture s’attache aux reins d’un homme, ainsi m’étais-je attaché toute la maison d’Israël, toute la maison de Juda — oracle de Yahvé —, pour qu’elles soient mon peuple, mon renom, mon honneur et ma splendeur. Mais elles n’ont pas écouté. »
12 Tu leur diras aussi cette parole : Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël. « Toute cruche peut se remplir de vin ! » Et s’ils te répondent : « Ne savons-nous pas que toute cruche peut se remplir de vin ? »
13 Tu leur diras : « Ainsi parle Yahvé. Voici que je vais remplir d’ivresse tous les habitants de ce pays, les rois qui occupent le trône de David, les prêtres et les prophètes, et tous les habitants de Jérusalem.
14 Puis je les casserai l’un contre l’autre, pères et fils pêle-mêle — oracle de Yahvé. Sans pitié, sans merci, sans m’attendrir, je les détruirai. »
15 Écoutez, tendez l’oreille, plus d’orgueil :
c’est Yahvé qui parle !
16 Rendez gloire à Yahvé votre Dieu,
avant que ne viennent les ténèbres,
avant que vos pieds ne se heurtent
aux montagnes de la nuit.
Vous comptez sur la lumière,
mais il la réduira en obscurité,
il la changera en ombre épaisse.
17 Si vous n’écoutez pas cet avertissement,
je pleurerai en secret pour votre orgueil ;
mes yeux laisseront couler des larmes, ils verseront des larmes,
car le troupeau de Yahvé part en captivité.
18 Dis au roi et à la reine mère :
Asseyez-vous bien bas,
car elle est tombée de votre tête,
votre couronne de splendeur.
19 Les villes du Négeb sont bloquées :
personne n’y donne accès !
Tout Juda est déporté,
déporté tout entier.
20 Lève les yeux et regarde
ceux qui arrivent du Nord.
Où est-il le troupeau qui te fut confié,
les brebis qui faisaient ta splendeur ?
21 Que diras-tu quand ils viendront te châtier,
toi qui les avais formés ?
Contre toi, en tête, viendront les familiers ;
alors les douleurs ne vont-elles pas te saisir
comme une femme en travail ?
22 Et si tu dis en ton cœur :
Pourquoi de tels malheurs m’arrivent-ils ?
C’est pour l’immensité de ta faute qu’on t’a relevé les robes,
qu’on t’a violentée.
23 Un Éthiopien peut-il changer de peau ?
une panthère de pelage ?
Et vous, pouvez-vous bien agir,
vous les habitués du mal ?
24 Je vous disperserai donc comme paille légère
au souffle du désert.
25 Tel est ton lot, la part qui t’est allouée.
Cela vient de moi — oracle de Yahvé —,
puisque c’est moi que tu as oublié
en te confiant au Mensonge.
26 Moi-même je remonte tes robes jusqu’à ton visage,
pour qu’on voie ton ignominie.
27 Oh ! Tes adultères et tes cris de plaisir,
ta honteuse prostitution !
Sur les collines et dans la campagne
j’ai vu tes Horreurs.
Malheur à toi, Jérusalem, qui restes impure !
Combien de temps encore ?
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 y) Action symbolique, cf. 18.1 ; Isa 20 ; Ez 4 ; 12 ; 24.15s, etc. Si elle n’est pas à interpréter comme une vision, elle doit se dérouler au wadi Fara, 6 km au nord d’Anatot (cf. la ville de Para, Jos 18.23) dont le nom évoque celui de l’Euphrate (en hébreu Perat). Le sens en tout cas est clair Israël, que Yahvé s’était attaché comme une ceinture aux reins (Ps 76.11), s’est détaché de lui et est allé pourrir au contact de l’idolâtrie babylonienne.


12 z) « s’ils te répondent » grec ; « ils te répondront », hébr.


18 a) Joiakîn ne régna que trois mois et fut déporté avec sa mère à Babylone en 598.


19 b) Sans doute par les Édomites, dont les razzias ont été pratiquement incessantes depuis 602.


20 c) Avec le grec, qui ajoute « Jérusalem »; hébr. ketib « lève vos yeux et regarde »; qeré « levez vos yeux et regardez ».


22 d) Littéralement « on a violenté tes talons » euphémisme.


24 e) « vous » conj. ; « les » hébr.


27 f) « Mensonge », v. 25, et « Horreurs » désignent toujours les faux dieux.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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