Nous avons devant nous un important témoignage du prophète sur lui-même, grâce auquel nous pouvons toucher la manière dont il perçoit intérieurement son ministère et ce qu’éprouve une personne débordée par la révélation. Nous voyons que Jérémie ne dit pas ce qu’il voudrait dire : les paroles qui lui viennent mystérieusement ne correspondent pas toujours à la manière dont il comprend la situation selon son jugement humain. Mais il n’a pas la force de retenir le flot de la révélation, et même lorsque Jérémie tente de se taire, la prophétie se révèle plus forte que les conventions habituelles et les brise avec la même facilité qu’un puissant typhon détruit des digues qui semblaient solides.
Mais la fidélité au Seigneur et la disponibilité à devenir Sa bouche donnent au prophète une autorité : non pas celle que possèdent les rois de la terre et les autres gouvernants, mais celle qui permet de rester intérieurement libre même dans les chaînes. Oui, Jérémie parle avec autorité, même si personne parmi les hommes ne le reconnaît : le seul fait que Jérémie, après sa libération, donne un nouveau nom au prêtre qui l’avait puni est un signe d’autorité, car le droit de donner un nom appartenait toujours au maître. Mais cette autorité n’a pas un caractère humain : elle est la conséquence de la participation à la Source de la vérité.
