L’envie est l’un des péchés humains les plus répandus. De même que la jalousie: elle aussi est une envie, l’envie de l’amour d’autrui. Le dixième commandement du Décalogue interdit d’envier. Et ce n’est pas par hasard, mais parce que...
L’envie est l’un des péchés humains les plus répandus. De même que la jalousie: elle aussi est une envie, l’envie de l’amour d’autrui. Le dixième commandement du Décalogue interdit d’envier. Et ce n’est pas par hasard, mais parce que l’envie détruit la maison. Elle est dirigée vers cette destruction. En enviant quelque chose, l’homme envie toujours la maison d’autrui: tel est le sens du dixième commandement. Rien d’étonnant à cela: la maison n’est pas seulement un logement. C’est un espace spirituel. Un espace où se construisent les relations qui unissent ceux qui vivent dans la maison. Des relations d’amour qui lient les proches. L’envieux ne le comprend pas toujours; mais s’il le comprend, sa responsabilité est d’autant plus grande.
Quand l’envie se porte sur ce qui appartient à quelqu’un, ce n’est pas encore ce qu’il y a de plus terrible. Même si cela reste mauvais. C’est mauvais parce que, refusant de construire sa propre maison, l’envieux rêve de celle d’autrui. Il veut devenir le maître de la maison en évinçant ceux qui l’ont créée. Et c’est une catastrophe spirituelle avant tout pour l’envieux lui-même: il renonce ainsi à sa propre maison. Il renonce à la responsabilité de sa vie devant Dieu. De cette vie même que Dieu lui a donnée, à lui seul, afin qu’il bâtisse lui-même sa maison.
Mais c’est encore pire si l’homme envie les relations d’autrui. L’amour d’autrui. Il ne s’agit plus seulement de la maison d’autrui, de l’espace vital d’autrui. Il s’agit de l’âme d’autrui. L’amour suppose toujours l’union des âmes. Non pas une union simplement émotionnelle ou intellectuelle, mais une union vitale. Dans la Bible, l’âme n’est pas une structure, mais un processus, un flux. Un flux de vie. Et l’amour, ce sont deux flux qui se fondent en un seul. Que ceux qu’unit l’amour orientent par leur volonté.
L’envieux s’introduit dans ce flux afin d’en changer le cours. De le réorienter vers lui-même. Indépendamment du désir de ceux qui y vivent. Par la force, la ruse, les manipulations, de n’importe quelle manière, pourvu qu’il devienne lui-même le centre. Cette envie-là est la plus terrible: elle frappe au cœur même des relations, les détruisant ou du moins essayant de les détruire.
Arrivée à son terme, l’envie peut même faire de l’envieux un meurtrier, désireux à tout prix de tirer la couverture à lui. Mais le plus terrible est qu’en même temps l’envieux détruit aussi sa propre vie spirituelle: il ne lui reste plus ni forces ni temps pour la relation avec Dieu. En tuant celui qu’il envie, il se tue lui-même. Non pas physiquement, certes, mais spirituellement. Et cette mort est plus terrible encore: elle est irréversible. Même la résurrection à la fin des temps peut devenir pour un tel meurtrier une résurrection de condamnation.