Jésus donne au débat sur la tradition, sur la transmission, un tour tout à fait inattendu. Les ablutions mentionnées dans le texte étaient l'une de ces interprétations extensives...
Jésus donne au débat sur la tradition, sur la transmission, un tour tout à fait inattendu. Les ablutions mentionnées dans le texte étaient l'une de ces interprétations extensives des normes et des règles de pureté rituelle, dont une multitude apparut à l'époque du Second Temple. L'ablution purificatrice, ne serait-ce que des mains seulement, au retour du marché, était justement l'une de ces règles nouvellement établies.
Il y avait là comme un désir d'une sorte de « super-pureté » : au marché, il pouvait y avoir de tout, on y rencontrait toutes sortes de gens, l'impureté de toute espèce y abondait ; mieux valait donc, par précaution, accomplir une ablution, au moins partielle, au moins seulement des mains, avant de se mettre à table, où il faudrait rompre, et donc bénir, le pain. Or toutes ces traditions, comme en témoigne Jésus, ne pouvaient prévenir les déformations essentielles liées à la vie spirituelle, à des choses aussi fondamentales que l'observance des commandements. Le Sauveur lui-même donne l'exemple d'une telle transgression : promets de donner au Temple ce qui est nécessaire pour aider tes parents âgés, et tu peux déjà ne plus les aider, car Dieu est plus important.
Formellement, tout est correct et pieux, mais au fond c'est une violation du cinquième commandement. Comment cela est-il possible ? Jésus donne aussitôt la réponse, en la ramenant à une formule aphoristique : ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui le souille, mais ce qui sort de lui. Dans d'autres évangiles, il est directement question de la bouche de l'homme ; il s'agit manifestement, d'une part, de la nourriture qui entre dans l'homme, et, d'autre part, des paroles. Bien sûr, derrière les paroles se tiennent toujours les intentions : ce sont elles qui souillent l'homme. Dans le Royaume, il en est vraiment ainsi, car le monde déchu et ses éléments n'ont déjà plus sur l'homme leur ancien pouvoir.
Pourquoi donc les hommes déplacent-ils souvent les accents de la vie spirituelle du principal vers le secondaire ? Jésus répond aussi à cette question. Il dit que ce que l'homme mange ne le souille pas ; au contraire, l'homme, s'il vit une vie spirituelle normale et pleine, est capable de sanctifier toute nourriture qui entre dans son corps. Quant à ce qui sort du corps, aux intentions et aux paroles, c'est là précisément que se décide si l'homme gardera la pureté ou se souillera. Cela se comprend : physiquement, l'homme est ce qu'il mange, mais seulement physiquement ; spirituellement, il est ce que son âme désire et vers quoi elle tend. Là où est le trésor, là aussi est le cœur. Mais si l'homme n'a pas de vie spirituelle normale, alors bien sûr toute impureté s'attachera à lui. Dans ce cas, cependant, aucune purification n'aidera, pas plus qu'aucun médicament n'aide celui qui est totalement privé d'immunité. C'est tout cela, comme autant de choses fondamentales pour la vie spirituelle, que Jésus rappelle aux gens qui l'écoutent.