Dans la traduction de Mgr Cassien, les paroles du centurion sonnent ainsi : car moi aussi, je suis un homme...
Dans la traduction de Mgr Cassien, les paroles du centurion sonnent ainsi : « car moi aussi, je suis un homme placé sous autorité, ayant sous mes ordres des soldats, et je dis à l’un : "va", et il va ; et à un autre : "viens", et il vient ; et à mon serviteur : "fais cela", et il le fait ». Dans la traduction synodale, en revanche : « Car je suis aussi un homme soumis à l’autorité, mais, ayant sous mes ordres des soldats, je dis à l’un : va, et il va ; et à un autre : viens, et il vient ; et à mon serviteur : fais cela, et il le fait. »
Remarquons que, dans les deux cas, les équivalents russes du pronom « je/moi » et de l’adverbe « aussi » apparaissent dans un ordre différent. Cette différence n’est pas fortuite. Quelque chose a poussé les auteurs de la traduction synodale à changer l’ordre des mots (malgré le fait qu’il soit précisément ainsi dans l’original et dans toutes les traductions modernes et anciennes), rendant la phrase difficile à prononcer et peu naturelle en russe. Il est très vraisemblable qu’elle en est venue à signifier : « bien que je sois, moi aussi, un homme soumis à l’autorité, j’ai sous mes ordres... ». Et ce qu’est ce quelque chose, écarté par l’évêque Cassien, nous devons le comprendre, car cela donne beaucoup, à ce qu’il nous semble, pour comprendre le texte.
Si le centurion dit : moi aussi, je suis un homme placé sous autorité, cela signifie qu’il veut dire : moi, comme quelqu’un d’autre (I am also – comme dans la plupart des traductions anglaises). Et qui est cet autre ? Mais il parle avec Jésus. Toutes ces paroles Lui sont adressées... Au fond, le centurion parle ainsi. Au-dessus de moi, il y a une autorité ; j’ai des subordonnés ; il existe une certaine hiérarchie sociale à trois niveaux, dans laquelle il se tient au milieu, entre le niveau inférieur et le niveau supérieur. Et voilà qu’il dit à Jésus : comme Toi. C’est-à-dire : Toi aussi, Tu as au-dessus de Toi Quelqu’un à qui Tu Te soumets, comme moi je me soumets à l’autorité. Et ce quelqu’un est, sans aucun doute, Dieu. Il transpose involontairement cette hiérarchie à trois niveaux, à laquelle il est lui-même habitué, à toute l’organisation de l’univers. Et il place Jésus au milieu, comme médiateur entre Dieu et l’homme.
Pour nous, il n’en est absolument pas ainsi. Car Jésus n’est pas un médiateur : Il est Dieu Lui-même. C’est précisément pourquoi, dans la traduction synodale, ces deux mots ont été inversés et ce sens a été entièrement retiré du texte. Mais si l’on se tourne vers le texte corrigé...
Cependant, cela ne doit en aucun cas nous effrayer ; il n’y a là rien de terrible. Au contraire, c’est un motif non de doute, mais d’admiration, d’admiration devant notre Seigneur, devant Son humilité, prête à Se reconnaître seulement comme médiateur et à déclarer la foi du centurion meilleure que celle qu’Il avait trouvée en Israël. Notons-le : seules des caractéristiques comparatives sont employées ici ; la foi du centurion n’est nullement reconnue comme idéal de foi pour tous les temps et tous les peuples. Mais c’était déjà une percée, déjà un pas : voir en Lui l’envoyé de Dieu, l’Homme qui se soumet à Dieu, c’est déjà énormément, et le Seigneur estime tant ce pas.
Le Seigneur estime d’ailleurs chacun de nos petits pas. Même si, partant d’une foi toute primitive, nous avons fait un petit pas vers la compréhension de quelque chose d’un peu plus complexe, le Seigneur l’estime déjà énormément et ne ménage ni les louanges ni l’aide entière. Il nous semble que ce texte, tel que nous le lisons chez l’évêque Cassien, est un témoignage étonnant de l’humilité du Seigneur et de Son ineffable bonté.