Le passage d'aujourd'hui est consacré, comme nous le verrons bientôt, au thème de la Tradition et à la manière dont différentes personnes peuvent s'en servir différemment selon...
Le passage d'aujourd'hui est consacré, comme nous le verrons bientôt, au thème de la Tradition et à la manière dont différentes personnes peuvent s'en servir différemment selon leurs intentions. Ce passage se compose de trois dialogues que le Sauveur mène avec différents interlocuteurs.
Le premier (v.13-17) a un caractère manifestement provocateur. La question de la légitimité du paiement des impôts aux autorités romaines, sous la domination desquelles se trouvait alors la Palestine, était d'ordinaire posée par les représentants de la partie la plus radicale de la Synagogue de ce temps, que l'Évangile appelle « zélotes » (c'est-à-dire « ardents défenseurs »). Ces gens avaient des vues sur le Royaume de Dieu peu différentes de celles qui étaient généralement admises aux temps de Josué et des Juges. Le Royaume de Dieu et le pouvoir romain en Palestine leur paraissaient incompatibles ; ils considéraient la lutte armée contre le pouvoir romain comme un devoir religieux pour tout Juif croyant, et le paiement de l'impôt à Rome comme une violation de la Loi. Il ne reste qu'à ajouter que tous ceux qui voyaient les choses de façon moins radicale, même s'ils étaient leurs coreligionnaires, les zélotes les tenaient pour des apostats et des ennemis de la foi méritant la mort. La question de l'impôt, posée publiquement à Jésus, dans une foule où se trouvaient sûrement des zélotes et des agents secrets du pouvoir romain, plaçait Celui qui répondait dans une position perdante d'avance : répondre « oui » signifiait attirer sur Lui la colère des zélotes ; répondre « non » équivalait à un crime d'État aux yeux des Romains, car selon les lois romaines les appels publics au refus de payer l'impôt à l'autorité légitime étaient assimilés à une révolte.
La deuxième question (v.18-27) ressemble surtout à un problème de manuel de théologie, ou à l'une de ces « questions difficiles » traditionnelles de l'époque que les adversaires de la foi en la résurrection utilisaient contre les croyants. Bien sûr, à cette question, comme à toutes les questions de ce genre à toutes les époques, il existait une réponse (et peut-être plus d'une), bien connue de quiconque avait reçu la formation correspondante. Mais on savait justement de Jésus qu'Il n'avait pas étudié la théologie, et ceux qui posaient la question étaient d'autant plus intéressés de voir ce que répondrait cet ignorant de Galilée, comme ils se l'imaginaient.
Le troisième dialogue (v.28-34) est déjà né, semble-t-il, non du désir de prendre le Maître au piège d'une parole, mais du désir réel de comprendre ce qu'Il pense de la Loi. Apparemment, celui qui interrogeait comprenait que cet Homme étonnant devait vraiment saisir quelque chose d'important et d'essentiel dans la Loi, et il voulut savoir quoi. Jésus, en réponse, le renvoie aux réponses traditionnelles que l'interrogateur connaissait parfaitement. Il est intéressant que, dans cette réponse, seule la première partie, qui parle de l'amour de Dieu, corresponde directement au texte de la Loi (Dt 6:4-5). La deuxième partie du commandement est une formule de la tradition rabbinique qui, aux temps évangéliques, était déjà généralement admise. Et Jésus, en l'occurrence, confirme la Tradition par Son autorité.
Il ne le fait ni dans le premier ni dans le deuxième dialogue. Bien sûr, dans ces cas aussi, ceux qui l'interrogent font appel à la Tradition, mais il s'agit ici, manifestement, plutôt d'un abus de la Tradition que d'un appui sur elle. Rien d'étonnant : la Tradition authentique reflète toujours l'expérience d'une communion réelle et vivante avec Dieu, conservée dans la mémoire de la communauté. Mais si le but n'est pas la communion avec Dieu, mais autre chose, par exemple le désir de prendre l'adversaire au piège de ses paroles ou de s'affirmer aux dépens de son interlocuteur, l'esprit de la Tradition disparaît, et il ne reste que sa forme vide et morte, qui ne donne rien sinon un appui à une religiosité tout aussi vide et morte et à l'orgueil humain.