Paul dit que toute foi est liée au Royaume, à sa vie, à la perspective de participer à cette vie. Autrement, elle est dépourvue de sens. Un peu plus tôt, il appelle la foi...
Paul dit que toute foi est liée au Royaume, à sa vie, à la perspective de participer à cette vie. Autrement, elle est dépourvue de sens. Un peu plus tôt, il appelle la foi « la réalisation de ce qu'on espère et la certitude de ce qu'on ne voit pas ». Une certitude qui n'est pas abstraite, ni théorique, mais expérimentale, lorsque l'invisible se révèle à l'homme, dans le processus de la communion avec Dieu, comme quelque chose de tout à fait réel.
Mais dans ce cas, il devient évident qu'il s'agit de différents niveaux de réalité, elle-même à plusieurs niveaux. Si l'on pense au niveau auquel l'homme déchu a d'ordinaire affaire, alors tout ce que l'auteur énumère comme oeuvres de la foi est tout à fait dépourvu de sens. À ce niveau de réalité, il est plus opportun d'agir de manière directement opposée à celle que choisissent pour eux les hommes de foi. Et agir comme ils ont agi n'est possible qu'au niveau du Royaume, qui, semble-t-il, aux temps non seulement d'Abraham, mais aussi de Moïse ou de David, se trouvait encore en avant.
En même temps, lorsqu'on dit du Royaume qu'il était encore en avant, que son temps n'était pas encore venu, il importe de tenir compte du fait qu'il s'agit encore une fois de la réalité ouverte à l'homme déchu, non de la réalité du Royaume. Pour Dieu, le monde demeure toujours son Royaume. Il l'était dès le commencement, déjà au premier jour de la création, lorsque la lumière de la présence de Dieu pénétra tout l'univers de telle sorte qu'il n'y avait plus aucune place pour les ténèbres. C'est plus tard, lorsqu'apparut dans le monde une volonté opposée à Dieu, volonté à laquelle Dieu conserva la liberté et le droit de lui résister, que la création se divisa, perdant son intégrité. Et ce n'est que dans la partie de la création séparée de Dieu et de la plénitude du monde de Dieu qu'existe le petit monde de l'homme déchu, d'où le trône de Dieu n'est pas visible et où le Royaume apparaît donc non comme présent, mais comme un avenir indéfini dans le temps et l'espace.
Mais aux hommes de foi, lorsqu'ils se confiaient à Dieu, s'ouvrait ce grand monde de Dieu, le monde qui était toujours resté le Royaume. Et ils vivaient dans ce Royaume, non pas absolument, bien sûr, mais avec les limites conditionnées par la nature humaine déchue non encore transformée. Pourtant, ils y vivaient et participaient à sa vie dans la mesure où elle pénétrait le petit monde séparé de Dieu par la volonté mauvaise des hommes et des esprits déchus. La réalité du Royaume était pour eux la réalité qui déterminait leur vie et leur choix. Un choix qui ne pouvait être autre, car alors ils auraient perdu pour toujours la vie du Royaume que Dieu, qui les appelait à sa suite, leur avait entrouverte.