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La Bible en cinq ans pour le 15 novembre 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Daniel, Chapitre 11,  vers 21-45

La grande vision> 21 Antiochus Épiphane., 40 LE TEMPS DE LA FIN, 40 Fin du persécuteur.
21 « À sa place se lèvera un misérable : on ne lui donnera pas les honneurs de la royauté. Il s’en viendra à son aise et s’emparera du royaume par des intrigues.
22 Les forces seront en débâcle devant lui et seront brisées — même le Prince d’une alliance.
23 Par ses complicités il agira en traître et ira en se fortifiant, bien qu’avec peu de monde.
24 À son aise, il envahira les grasses provinces, agissant comme n’avaient agi ni ses pères ni les pères de ses pères, dispersant parmi eux butin, profits et richesses, tendant ses stratagèmes contre les forteresses, pour un temps.
25 Il excitera sa force et son cœur contre le roi du Midi, avec une grande armée. Le roi du Midi se lèvera pour la guerre avec une armée très grande et très puissante, mais il ne tiendra pas, car des stratagèmes seront tendus contre lui.
26 Et ceux qui mangeaient de ses mets le mettront en pièces ; son armée sera débordée, et nombreux tomberont les morts.
27 Les deux rois, leur cœur tourné vers le mal, assis à la même table, diront des mensonges ; mais ils n’aboutiront point, car le temps fixé est encore à venir.
28 Il rentrera dans son pays avec de grandes richesses, le cœur contre l’Alliance sainte ; il agira, puis il rentrera dans son pays.
29 Le moment venu, il retournera vers le Midi, mais il n’en sera pas de la fin comme du commencement.
30 Les vaisseaux des Kittim viendront contre lui et il sera découragé. Il reviendra et sévira furieusement contre l’Alliance sainte, et de nouveau, il aura en considération ceux qui abandonnent l’Alliance sainte.
31 Des forces viendront de sa part profaner le sanctuaire-citadelle, ils aboliront le sacrifice perpétuel, et y mettront l’abomination de la désolation.
32 Ceux qui transgressent l’Alliance, il les pervertira par ses paroles douces, mais les gens qui connaissent leur Dieu s’affermiront et agiront.
33 Les doctes d’entre le peuple enseigneront la multitude ; ils trébucheront par l’épée et la flamme, et la captivité et la spoliation — durant des jours.
34 Qu’ils trébuchent, peu de gens leur viendront en aide ; nombreux seront ceux qui s’associeront à eux par des intrigues.
35 Parmi les doctes, certains trébucheront, en sorte que dans le nombre il y en ait qui soient purifiés, lavés et blanchis — jusqu’au temps de la Fin, car le temps fixé est encore à venir.
36 Le roi agira selon son bon plaisir, s’enorgueillissant et s’exaltant par-dessus tous les dieux, contre le Dieu des dieux il dira des choses étonnantes et il prospérera jusqu’à ce que soit comble la colère — car ce qui est déterminé s’accomplira.
37 Sans égards pour les dieux de ses pères, sans égards pour le favori des femmes ou pour tout autre dieu, c’est lui-même qu’il exaltera au-dessus de tout.
38 À leur place il vénérera le dieu des forteresses, il vénérera un dieu que ses pères n’ont point connu, par l’or et l’argent, pierres précieuses et choses de prix.
39 Il prendra comme défenseurs des forteresses le peuple d’un dieu étranger ; à ceux qu’il reconnaîtra, il fera grands honneurs en leur donnant autorité sur la multitude, et en partageant la terre pour un rendement.
40 « Au temps de la Fin, le roi du Midi s’affrontera avec lui ; le roi du Nord déferlera sur lui avec ses chars, ses cavaliers et ses nombreux navires. Il viendra dans les pays, qu’il envahira et traversera.
41 Il viendra dans le Pays de Splendeur, et il en tombera un grand nombre, mais ceux-ci échapperont de ses mains : Édom et Moab et les restes des fils d’Ammon.
42 Il étendra sa main sur les pays : le pays d’Égypte n’y échappera point.
43 Il aura en son pouvoir les trésors d’or et d’argent et toutes les choses précieuses d’Égypte. Libyens et Kushites seront à ses pieds.
44 Mais des rumeurs viendront le troubler de l’Orient et du Nord ; il s’en ira en grande fureur détruire et exterminer une multitude.
45 Il dressera les tentes de ses quartiers entre la mer et les monts de la Sainte Splendeur. Il s’en ira jusqu’à son terme : pour lui aucun secours.
Lire la suite:Daniel, Chapitre 12
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

21 a) Antiochus IV Épiphane (175-165) qui s’empara du trône en supplantant le jeune Démétrius, fils de son frère Séleucus IV.


22 b) Peut-être le grand prêtre Onias III, cf. 9.26.


24 c) Sans doute les amis d’Antiochus, bénéficiaires de sa cupidité.


25 d) Il s’agit de la première campagne d’Antiochus contre Philométor d’Égypte (fils de sa sœur Cléopâtre) qui, mal conseillé, tomba aux mains de son agresseur : celui-ci le traita avec une feinte amitié et mit l’Égypte au pillage. C’est à son retour qu’il sévit contre les Juifs, v. 28.


29 e) La deuxième campagne d’Égypte devait se terminer par un échec humiliant. Venant à la rencontre d’Antiochus aux environs d’Alexandrie, le consul Gaius Popilius Laenas lui notifia de la part du Sénat romain d’avoir à se retirer.


30 f) La Vulg. rend le mot par « Romains ». Il désigne, à l’origine, Chypre, mais aussi dans la Bible les régions maritimes, notamment d’Occident. Cf. Gn 10.4 ; Nb 24.24 ; Isa 23.1, 12 ; Jr 2.10 ; Ez 27.6 (Vulg. : « Italia »). Il s’agit sûrement ici des Romains.


30 g) Les Juifs infidèles à leurs pratiques religieuses et conquis par les attraits de la vie hellénistique ; cf. 1 M 1.11-15, 43, 52.


31 h) Cf. la « citadelle du Temple » en Ne 2.8. Cf. 1 M 1.31, 33.


32 i) Littéralement « rendra hypocrites ».


33 j) Jeu de mots dans l’hébr. entre « trébucher » et « docteurs »; de même au v. 35.


34 k) Allusion possible aux premiers succès de Judas Maccabée ralliant autour de lui des éléments de résistance.


36 l) Comme Alexandre en 8.4 ; 11.3, et Antiochus le Grand en 11.16, mais contrairement aux Achéménides, qui, dans leurs inscriptions, attribuent constamment leur fortune à la volonté d’Ahura Mazdah. Dans sa vieillesse, Antiochus s’est fait représenter sur ses monnaies sous les traits de Zeus Olympios.


37 m) Les successeurs de Séleucus I honoraient surtout Apollon ; Antiochus Épiphane fut davantage dévot à Zeus Olympios, cf. v. 36, identifié à Jupiter Capitolin, v. 38. Le « favori des femmes » est Adonis-Tammuz, cf. Ez 8: .14.


39 n) Allusion à la garnison de Syriens et de Juifs renégats que le roi avait installée dans la nouvelle citadelle ou Acra, cf. 1 M 1.33-34.


39 o) Littéralement « pour un prix »; on peut penser à une institution du régime agraire et fiscal imposé par les Séleucides aux territoires conquis.


41 p) « restes » she ’erît conj. ; « débuts » ou « chefs » re ’shît hébr.


43 q) Les peuples situés à l’ouest et au sud de l’Égypte.


45 r) La mort d’Antiochus. Cf. 8: 25.


À considérer son contenu, le livre de Daniel se divise en deux parties. Les chap. 1-6 sont des récits : Daniel et ses trois compagnons au service de Nabuchodonosor, 1 ; le songe de Nabuchodonosor : la statue composite, 2 ; l’adoration de la statue d’or et les trois compagnons de Daniel dans la fournaise, 3 ; la folie de Nabuchodonosor, 4 ; le festin de Balthazar, 5 ; Daniel dans la fosse aux lions, 6. Dans tous ces cas, Daniel ou ses compagnons sortent triomphants d’une épreuve d’où dépend leur vie, ou au moins leur réputation, et les païens glorifient Dieu qui les a sauvés. Les scènes se passent à Babylone sous les règnes de Nabuchodonosor, de son « fils » Balthazar et du successeur de celui-ci « Darius le Mède ». Les chap. 7-12 Sont des visions, dont Daniel est le bénéficiaire : les Quatre Bêtes, 7 ; le Bouc et le Bélier, 8 ; les soixante-dix Semaines, 9 ; la grande vision du Temps de la Colère et du Temps de la Fin, 10-12. Elles sont datées des règnes de Balthazar, de Darius le Mède et de Cyrus roi de Perse, et elles sont situées en Babylonie.

De cette division, on a parfois conclu à l’existence de deux écrits d’époques différentes combinés par un éditeur. Mais d’autres indices contredisent cette distinction. Les récits sont à la troisième personne et les visions sont racontées par Daniel lui-même, mais la première vision, 7, est encadrée par une introduction et une conclusion à la troisième personne. Le début du livre est en hébreu mais, en 2.4, on passe brusquement à l’araméen, qui continue jusqu’à la fin de 7, enjambant ainsi la partie des visions ; les derniers chapitres sont de nouveau en hébreu. On a proposé de cette dualité de langue plusieurs explications, dont aucune n’est convaincante. Ainsi la division d’après le style (1ère ou 3e personne) et celle d’après la langue (hébreu ou araméen) ne correspondent pas à celle qui ressort du contenu (récits ou visions). D’autre part, le chap. 7 est commenté par le chap. 8, mais il est parallèle au chap. 2 ; son araméen est le même que celui des chap. 2-4, mais des traits de son style se retrouvent dans les chap. 8-12, bien qu’ils soient écrits en hébreu. Ce chap. 7 forme donc un lien entre les deux parties du livre et assure son unité. De plus, Balthazar et Darius le Mède apparaissent dans les deux parties du livre, soulevant les mêmes difficultés pour les historiens. Enfin, les procédés littéraires et les modes de pensée sont les mêmes d’un bout à l’autre du livre, et cette égalité est l’argument le plus fort pour l’unité de sa composition.

La date de celle-ci est fixée par le témoignage clair que donne le chap. 11. Les guerres entre Séleucides et Lagides et une partie du règne d’Antiochus Épiphane y sont racontées avec un grand luxe de détails insignifiants pour le propos de l’auteur. Ce récit ne ressemble à aucune prophétie de l’Ancien Testament et, malgré son style prophétique, relate des événements déjà accomplis. Mais, à partir de 11.40, le ton change, le « Temps de la Fin » est annoncé dans une manière qui rappelle les autres prophètes. Le livre aurait donc été composé pendant la persécution d’Antiochus Épiphane et avant la mort de celui-ci, avant même la victoire de l’insurrection maccabéenne, c’est-à-dire entre 167 et 164.

Rien dans le reste du livre ne contredit cette date. Les récits de la première partie sont situés à l’époque chaldéenne, mais certains indices montrent que l’auteur est assez loin des événements. Balthazar est le fils de Nabonide, et non pas de Nabuchodonosor comme dit le texte, et il n’a jamais eu le titre de roi. Darius le Mède est inconnu des historiens et il n’y a pas de place pour lui entre le dernier roi chaldéen et Cyrus le Perse, qui avait déjà vaincu les Mèdes. Le milieu néo-babylonien est décrit avec des mots d’origine perse ; même, les instruments de l’orchestre de Nabuchodonosor portent des noms transcrits du grec. Les dates données dans le livre ne concordent pas entre elles ni avec l’histoire telle que nous la connaissons et elles semblent avoir été mises en tête des chapitres sans grand souci de la chronologie. L’auteur a utilisé des traditions, orales ou écrites, qui circulaient à son époque. Les manuscrits de la mer Morte contiennent des fragments d’un cycle de Daniel qui est apparenté au livre canonique, en particulier une prière de Nabonide qui rappelle 3.31-4.34, où le nom de Nabuchodonosor a remplacé celui de Nabonide.

L’auteur, ou ses sources, a nommé comme héros de ces histoires pieuses un Daniel ou Dan’el qu’Ez 14.14-20 ; 28.3 cite comme un juste et un sage des anciens temps et que connaissaient aussi les poèmes de Râs Shamra au XIVe siècle avant notre ère.

Cette jeunesse du livre explique sa place dans la Bible hébraïque. Il y a été admis après la fixation du canon des Prophètes et il a été rangé, entre Esther et Esdras, dans le groupe composite des « autres écrits », qui forment la dernière partie du canon hébreu. Les Bibles grecque et latine le replacent parmi les prophètes et lui ajoutent quelques parties deutérocanoniques : le Psaume d’Azarias et le cantique des trois jeunes gens, 3.24-90, l’histoire de Suzanne, où éclate la candeur clairvoyante de Daniel enfant, 13, les histoires de Bel et du serpent sacré, qui sont des satires de l’idolâtrie, 14. La traduction grecque de la Septante (LXX) diffère beaucoup de celle de Théodotion (Théod.), qui reste très proche du texte massorétique.

Le livre est destiné à soutenir la foi et l’espérance des Juifs persécutés par Antiochus Épiphane. Daniel et ses compagnons ont été soumis aux mêmes épreuves, abandon des prescriptions de la Loi, 1, tentations d’idolâtrie, 3 et 6 ; ils en sont sortis vainqueurs et les anciens persécuteurs ont dû reconnaître la puissance du vrai Dieu. Le persécuteur moderne est dépeint en traits plus noirs, mais, quand la colère de Dieu sera satisfaite, 8.19 ; 11.36, viendra le temps de la Fin, 8.17 ; 11.40, où le persécuteur sera brisé, 8.25 ; 11.45. Ce sera la fin des malheurs et du péché et l’avènement du Royaume des Saints, gouverné par un « Fils d’homme », dont l’empire ne passera point, 7.

Cette attente de la Fin, cette espérance du Royaume traverse tout le livre, 2.44 ; 3.33 ; 4.31 ; 7.14. Dieu en procurera l’avènement dans un délai qu’il a fixé mais qui englobe en même temps toute la durée humaine. Les moments de l’histoire du monde deviennent des moments du dessein divin sur le plan éternel. Le passé, le présent, l’avenir, tout devient prophétie parce que tout est vu dans la lumière de Dieu « qui alterne périodes et temps », 2.21. Par cette vision à la fois temporelle et extra-temporelle, l’auteur révèle le sens prophétique de l’histoire. Ce secret de Dieu, 2.18, etc. ; 4.6, est dévoilé par l’intermédiaire d’êtres mystérieux, qui sont les messagers et les agents du Très-Haut ; la doctrine des anges s’affirme dans le livre de Daniel comme dans ceux d’Ézéchiel et surtout de Tobie. La révélation concerne le dessein caché de Dieu sur son peuple et sur les peuples. Il touche les nations comme les individus. Un texte important sur la résurrection annonce le réveil des morts pour une vie ou un opprobre éternels, 12.2. Le Royaume qu’on attend s’étendra à tous les peuples, 7.14, il sera sans fin, ce sera le Royaume des Saints, 7.18, le Royaume de Dieu, 3.33 ; 4.31, le Royaume du Fils d’homme, à qui fut conférée toute puissance, 7.13-14.

Ce mystérieux Fils d’homme, que 7.18, 21-27 identifient avec la communauté des Saints, est aussi sa tête, le chef du royaume eschatologique, mais ce n’est pas le Messie davidique. Cette interprétation individuelle est devenue courante dans le Judaïsme et a été reprise par Jésus, qui s’est appliqué le titre de Fils de l’homme pour souligner le caractère transcendant et spirituel de son messianisme, Mt 8.20.

Le livre de Daniel ne représente plus le vrai courant prophétique. Il ne contient pas la prédication d’un prophète envoyé par Dieu en mission auprès de ses contemporains, il a été composé et immédiatement écrit par un auteur qui se cache derrière un pseudonyme, comme déjà le livret de Jonas. Les histoires édifiantes de la première partie s’apparentent à une classe d’écrits de sagesse dont on a un exemple ancien dans l’histoire de Joseph de la Genèse, un exemple récent dans le livre de Tobie, écrit peu avant Daniel. Les visions de la seconde partie apportent la révélation d’un secret divin, expliqué par les anges, pour les temps futurs, dans un style volontairement énigmatique ; ce « livre scellé », 12.4, inaugure pleinement le genre apocalyptique qui avait été préparé par Ézéchiel et qui s’épanouira dans la littérature juive. L’Apocalypse de saint Jean lui correspond dans le Nouveau Testament, mais alors les sceaux du livre fermé sont brisés, Ap 5-6, les paroles ne sont plus tenues secrètes, car « le temps est proche », Ap 22.10, et l’on attend la venue du Seigneur, Ap 22.20 ; 1 Co 16.22.

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