Nous ne savons presque rien de l'enfance et de la jeunesse de Jésus. Cela n'a rien d'étonnant : les évangélistes ont concentré leur attention sur le ministère messianique de Jésus, sur la raison pour laquelle il est venu dans le monde. Mais il y est venu comme tout être humain. La différence était une seule chose : sa nature n'était pas touchée par le péché originel. Elle n'y avait aucune part, à aucun degré. Dès le commencement, elle en était entièrement libre. Mais le processus par lequel cette nature humaine de Jésus est parvenue à la maturité était le même que celui qui devait exister, selon le dessein de Dieu, pour la nature humaine. Et selon ce dessein, la formation physique et psychique de l'homme devait être accompagnée de sa formation spirituelle. Lorsqu'il s'agit de la nature, qu'elle soit physique ou psychique, nous comprenons facilement que la formation et le développement de l'homme ne sont rien d'autre que le déploiement des possibilités placées dans sa nature par Dieu, possibilités qui, une fois déployées, font de l'homme ce qu'il est. Mais l'homme doit lui-même déployer ses possibilités, même si cela est impossible sans l'aide de Dieu. La formation spirituelle est quelque peu différente. L'esprit n'est pas la nature ; il ne se développe pas, ne se complexifie pas et ne croît pas comme les structures naturelles. L'esprit n'a pas de structure ; il se manifeste comme volonté, et sa croissance est l'affermissement de sa volonté. Et, corrélativement, l'élargissement du cercle d'influence accessible à la volonté, l'inclusion d'objets toujours nouveaux dans ce cercle d'influence, et bien sûr l'élargissement et l'approfondissement de l'interaction avec d'autres esprits. Avec d'autres volontés. Avec d'autres personnes, car une personne est une volonté consciente d'elle-même. La formation spirituelle de l'être humain présuppose donc l'élargissement et l'approfondissement de la conscience qu'il a de lui-même. De sa volonté. De sa personne. Et de ce sur quoi elle repose : le souffle de vie qui est dans l'homme et vient de Dieu. Ainsi la conscience de soi conduit l'homme, s'il demeure bien sûr cohérent et fidèle à son vrai moi, à la communion avec Dieu. À la rencontre avec Dieu, qui demeure dans cette profondeur de la personne humaine que la langue de la Bible appelle le coeur. Tout cela s'applique pleinement à Jésus aussi. Après tout, lui aussi est homme. Plus encore : il est l'Homme avec une majuscule. À chaque personne, la présence de Dieu dans le coeur est donnée selon sa mesure propre, et à lui seul elle est donnée pleinement et absolument. Comme Messie et Homme-Dieu. Il n'est donc pas étonnant que lui aussi ait grandi comme grandit tout être humain. Afin de croître jusqu'à sa propre mesure, la mesure du Messie et de l'Homme-Dieu. |
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