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La Bible en cinq ans pour le 31 octobre 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Daniel, Chapitre 3,  vers 1-33

L’adoration de la statue d’or> 1 Nabuchodonosor élève une statue d’or., 8 Dénonciation et condamnation des Juifs., 24 Cantique d’Azarias dans la fournaise.
Le roi Nabuchodonosor fit une statue d’or, haute de soixante coudées et large de six, qu’il dressa dans la plaine de Dura, dans la province de Babylone.
Le roi Nabuchodonosor manda aux satrapes, magistrats, gouverneurs, conseillers, trésoriers, juges et juristes, et à toutes les autorités de la province, de s’assembler et de se rendre à la dédicace de la statue élevée par le roi Nabuchodonosor.
Lors s’assemblèrent satrapes, magistrats, gouverneurs, conseillers, trésoriers, juges et juristes et toutes les autorités de la province pour la dédicace de la statue qu’avait élevée le roi Nabuchodonosor, et ils se tinrent devant la statue qu’avait élevée le roi Nabuchodonosor.
Le héraut proclama avec force : « À vous, peuples, nations et langues, voici ce qui a été commandé :
à l’instant où vous entendrez sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, vous vous prosternerez et ferez adoration à la statue d’or qu’a élevée le roi Nabuchodonosor.
Quant à celui qui ne se prosternera ni ne fera adoration, il sera incontinent jeté dans la fournaise de feu ardent. »
Sur quoi, dès que tous les peuples eurent entendu sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, se prosternèrent tous les peuples, nations et langues, faisant adoration à la statue d’or qu’avait élevée le roi Nabuchodonosor.
Cependant certains Chaldéens s’en vinrent dénoncer les Juifs.
Ils dirent au roi Nabuchodonosor : « Ô roi, vis à jamais !
10 Ô roi, tu as promulgué un décret prescrivant à tout homme qui entendrait sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, de se prosterner et de faire adoration à la statue d’or,
11 et arrêtant que ceux qui ne se prosterneraient ni ne feraient adoration seraient jetés dans la fournaise de feu ardent.
12 Or voici des Juifs que tu as assignés aux affaires de la province de Babylone : Shadrak, Meshak et Abed Nego ; ces gens n’ont pas tenu compte de tes ordres, ô roi ; ils ne servent pas ton dieu et ils n’ont pas fait adoration à la statue d’or que tu as élevée. »
13 Alors, frémissant de colère, Nabuchodonosor manda Shadrak, Meshak et Abed Nego. Aussitôt on amena ces gens devant le roi.
14 Et Nabuchodonosor leur dit : « Est-il vrai, Shadrak, Meshak et Abed Nego, que vous ne serviez point mes dieux et ne fassiez pas adoration à la statue d’or que j’ai élevée ?
15 Êtes-vous disposés, quand vous entendrez sonner trompe, pipeau, cithare, sambuque, psaltérion, cornemuse et toute espèce de musique, à vous prosterner et à faire adoration à la statue que j’ai faite ? Si vous ne lui faites pas adoration, vous serez incontinent jetés dans la fournaise de feu ardent ; et quel est le dieu qui vous délivrerait de ma main ? »
16 Shadrak, Meshak et Abed Nego répondirent au roi Nabuchodonosor : « Point n’est besoin pour nous de te donner réponse à ce sujet :
17 si notre Dieu, celui que nous servons, est capable de nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et de ta main, ô roi, il nous délivrera ;
18 et s’il ne le fait pas, sache ô roi, que nous ne servirons pas ton dieu, ni n’adorerons la statue d’or que tu as élevée. »
19 Alors le roi Nabuchodonosor fut rempli de colère et l’expression de son visage changea à l’égard de Shadrak, Meshak et Abed Nego. Il donna ordre de chauffer la fournaise sept fois plus que d’ordinaire
20 et à des hommes forts de son armée de lier Shadrak, Meshak et Abed Nego et de les jeter dans la fournaise de feu ardent.
21 Ceux-ci furent donc liés, avec leur manteau, leurs chausses, leur chapeau, tous leurs vêtements, et jetés dans la fournaise de feu ardent.
22 L’ordre du roi était péremptoire ; la fournaise étant excessivement brûlante, les hommes qui y portèrent Shadrak, Meshak et Abed Nego furent brûlés à mort par la flamme du feu.
23 Quant aux trois hommes Shadrak, Meshak et Abed Nego, ils tombèrent tout liés dans la fournaise de feu ardent.
24 Et ils marchaient au milieu de la flamme, louant Dieu et bénissant le Seigneur.
25 Azarias, debout, priait ainsi, ouvrant la bouche, au milieu du feu, il dit :
26 « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères, et vénéré,
et que ton nom soit glorifié éternellement.
27 Car tu es juste en toutes les choses que tu as faites pour nous
toutes tes œuvres sont vérité,
toutes tes voies droites,
tous tes jugements vérité.
28 Tu as porté une sentence de vérité
en toutes les choses que tu as fait venir sur nous
et sur la ville sainte de nos pères, Jérusalem.
Car c’est dans la vérité et dans le droit que tu nous as traités
à cause de nos péchés.
29 Oui, nous avons péché et commis l’iniquité en te désertant,
oui, nous avons grandement péché ;
tes commandements, nous ne les avons pas écoutés
,
30 nous ne les avons pas observés,
nous n’avons pas accompli ce qui nous était commandé pour notre bien.
31 Oui, tout ce que tu as fait venir sur nous,
tout ce que tu nous as fait,
en jugement de vérité, tu l’as fait.
32 Tu nous as livrés aux mains de nos ennemis,
gens sans loi, et les pires des impies,
à un roi injuste, au plus mauvais qui soit sur toute la terre
,
33 et aujourd’hui nous ne pouvons ouvrir la bouche,
la honte et l’opprobre sont la part de ceux qui te servent et qui t’adorent.
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Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 q) LXX et Théodotion. ajoutent : « en sa dix-huitième année » et LXX : « après avoir soumis villes, provinces et tous les habitants de la terre, de l’Inde à l’Éthiopie », cf. Est 1.1 ; 8: 9.


5 r) La sambuque était un triangle à quatre cordes, et le psaltérion une sorte de guitare.


24 s) La longue addition qui suit, vv. 24-90 conservée seulement en traductions grecque et syriaque, a sûrement eu un original hébreu ou araméen. Nous suivons Théodotionotion ; les LXX présentent quelques variantes ou interversions. Le v. 24 de l’araméen coïncide avec le v. 91 du grec.


À considérer son contenu, le livre de Daniel se divise en deux parties. Les chap. 1-6 sont des récits : Daniel et ses trois compagnons au service de Nabuchodonosor, 1 ; le songe de Nabuchodonosor : la statue composite, 2 ; l’adoration de la statue d’or et les trois compagnons de Daniel dans la fournaise, 3 ; la folie de Nabuchodonosor, 4 ; le festin de Balthazar, 5 ; Daniel dans la fosse aux lions, 6. Dans tous ces cas, Daniel ou ses compagnons sortent triomphants d’une épreuve d’où dépend leur vie, ou au moins leur réputation, et les païens glorifient Dieu qui les a sauvés. Les scènes se passent à Babylone sous les règnes de Nabuchodonosor, de son « fils » Balthazar et du successeur de celui-ci « Darius le Mède ». Les chap. 7-12 Sont des visions, dont Daniel est le bénéficiaire : les Quatre Bêtes, 7 ; le Bouc et le Bélier, 8 ; les soixante-dix Semaines, 9 ; la grande vision du Temps de la Colère et du Temps de la Fin, 10-12. Elles sont datées des règnes de Balthazar, de Darius le Mède et de Cyrus roi de Perse, et elles sont situées en Babylonie.

De cette division, on a parfois conclu à l’existence de deux écrits d’époques différentes combinés par un éditeur. Mais d’autres indices contredisent cette distinction. Les récits sont à la troisième personne et les visions sont racontées par Daniel lui-même, mais la première vision, 7, est encadrée par une introduction et une conclusion à la troisième personne. Le début du livre est en hébreu mais, en 2.4, on passe brusquement à l’araméen, qui continue jusqu’à la fin de 7, enjambant ainsi la partie des visions ; les derniers chapitres sont de nouveau en hébreu. On a proposé de cette dualité de langue plusieurs explications, dont aucune n’est convaincante. Ainsi la division d’après le style (1ère ou 3e personne) et celle d’après la langue (hébreu ou araméen) ne correspondent pas à celle qui ressort du contenu (récits ou visions). D’autre part, le chap. 7 est commenté par le chap. 8, mais il est parallèle au chap. 2 ; son araméen est le même que celui des chap. 2-4, mais des traits de son style se retrouvent dans les chap. 8-12, bien qu’ils soient écrits en hébreu. Ce chap. 7 forme donc un lien entre les deux parties du livre et assure son unité. De plus, Balthazar et Darius le Mède apparaissent dans les deux parties du livre, soulevant les mêmes difficultés pour les historiens. Enfin, les procédés littéraires et les modes de pensée sont les mêmes d’un bout à l’autre du livre, et cette égalité est l’argument le plus fort pour l’unité de sa composition.

La date de celle-ci est fixée par le témoignage clair que donne le chap. 11. Les guerres entre Séleucides et Lagides et une partie du règne d’Antiochus Épiphane y sont racontées avec un grand luxe de détails insignifiants pour le propos de l’auteur. Ce récit ne ressemble à aucune prophétie de l’Ancien Testament et, malgré son style prophétique, relate des événements déjà accomplis. Mais, à partir de 11.40, le ton change, le « Temps de la Fin » est annoncé dans une manière qui rappelle les autres prophètes. Le livre aurait donc été composé pendant la persécution d’Antiochus Épiphane et avant la mort de celui-ci, avant même la victoire de l’insurrection maccabéenne, c’est-à-dire entre 167 et 164.

Rien dans le reste du livre ne contredit cette date. Les récits de la première partie sont situés à l’époque chaldéenne, mais certains indices montrent que l’auteur est assez loin des événements. Balthazar est le fils de Nabonide, et non pas de Nabuchodonosor comme dit le texte, et il n’a jamais eu le titre de roi. Darius le Mède est inconnu des historiens et il n’y a pas de place pour lui entre le dernier roi chaldéen et Cyrus le Perse, qui avait déjà vaincu les Mèdes. Le milieu néo-babylonien est décrit avec des mots d’origine perse ; même, les instruments de l’orchestre de Nabuchodonosor portent des noms transcrits du grec. Les dates données dans le livre ne concordent pas entre elles ni avec l’histoire telle que nous la connaissons et elles semblent avoir été mises en tête des chapitres sans grand souci de la chronologie. L’auteur a utilisé des traditions, orales ou écrites, qui circulaient à son époque. Les manuscrits de la mer Morte contiennent des fragments d’un cycle de Daniel qui est apparenté au livre canonique, en particulier une prière de Nabonide qui rappelle 3.31-4.34, où le nom de Nabuchodonosor a remplacé celui de Nabonide.

L’auteur, ou ses sources, a nommé comme héros de ces histoires pieuses un Daniel ou Dan’el qu’Ez 14.14-20 ; 28.3 cite comme un juste et un sage des anciens temps et que connaissaient aussi les poèmes de Râs Shamra au XIVe siècle avant notre ère.

Cette jeunesse du livre explique sa place dans la Bible hébraïque. Il y a été admis après la fixation du canon des Prophètes et il a été rangé, entre Esther et Esdras, dans le groupe composite des « autres écrits », qui forment la dernière partie du canon hébreu. Les Bibles grecque et latine le replacent parmi les prophètes et lui ajoutent quelques parties deutérocanoniques : le Psaume d’Azarias et le cantique des trois jeunes gens, 3.24-90, l’histoire de Suzanne, où éclate la candeur clairvoyante de Daniel enfant, 13, les histoires de Bel et du serpent sacré, qui sont des satires de l’idolâtrie, 14. La traduction grecque de la Septante (LXX) diffère beaucoup de celle de Théodotion (Théod.), qui reste très proche du texte massorétique.

Le livre est destiné à soutenir la foi et l’espérance des Juifs persécutés par Antiochus Épiphane. Daniel et ses compagnons ont été soumis aux mêmes épreuves, abandon des prescriptions de la Loi, 1, tentations d’idolâtrie, 3 et 6 ; ils en sont sortis vainqueurs et les anciens persécuteurs ont dû reconnaître la puissance du vrai Dieu. Le persécuteur moderne est dépeint en traits plus noirs, mais, quand la colère de Dieu sera satisfaite, 8.19 ; 11.36, viendra le temps de la Fin, 8.17 ; 11.40, où le persécuteur sera brisé, 8.25 ; 11.45. Ce sera la fin des malheurs et du péché et l’avènement du Royaume des Saints, gouverné par un « Fils d’homme », dont l’empire ne passera point, 7.

Cette attente de la Fin, cette espérance du Royaume traverse tout le livre, 2.44 ; 3.33 ; 4.31 ; 7.14. Dieu en procurera l’avènement dans un délai qu’il a fixé mais qui englobe en même temps toute la durée humaine. Les moments de l’histoire du monde deviennent des moments du dessein divin sur le plan éternel. Le passé, le présent, l’avenir, tout devient prophétie parce que tout est vu dans la lumière de Dieu « qui alterne périodes et temps », 2.21. Par cette vision à la fois temporelle et extra-temporelle, l’auteur révèle le sens prophétique de l’histoire. Ce secret de Dieu, 2.18, etc. ; 4.6, est dévoilé par l’intermédiaire d’êtres mystérieux, qui sont les messagers et les agents du Très-Haut ; la doctrine des anges s’affirme dans le livre de Daniel comme dans ceux d’Ézéchiel et surtout de Tobie. La révélation concerne le dessein caché de Dieu sur son peuple et sur les peuples. Il touche les nations comme les individus. Un texte important sur la résurrection annonce le réveil des morts pour une vie ou un opprobre éternels, 12.2. Le Royaume qu’on attend s’étendra à tous les peuples, 7.14, il sera sans fin, ce sera le Royaume des Saints, 7.18, le Royaume de Dieu, 3.33 ; 4.31, le Royaume du Fils d’homme, à qui fut conférée toute puissance, 7.13-14.

Ce mystérieux Fils d’homme, que 7.18, 21-27 identifient avec la communauté des Saints, est aussi sa tête, le chef du royaume eschatologique, mais ce n’est pas le Messie davidique. Cette interprétation individuelle est devenue courante dans le Judaïsme et a été reprise par Jésus, qui s’est appliqué le titre de Fils de l’homme pour souligner le caractère transcendant et spirituel de son messianisme, Mt 8.20.

Le livre de Daniel ne représente plus le vrai courant prophétique. Il ne contient pas la prédication d’un prophète envoyé par Dieu en mission auprès de ses contemporains, il a été composé et immédiatement écrit par un auteur qui se cache derrière un pseudonyme, comme déjà le livret de Jonas. Les histoires édifiantes de la première partie s’apparentent à une classe d’écrits de sagesse dont on a un exemple ancien dans l’histoire de Joseph de la Genèse, un exemple récent dans le livre de Tobie, écrit peu avant Daniel. Les visions de la seconde partie apportent la révélation d’un secret divin, expliqué par les anges, pour les temps futurs, dans un style volontairement énigmatique ; ce « livre scellé », 12.4, inaugure pleinement le genre apocalyptique qui avait été préparé par Ézéchiel et qui s’épanouira dans la littérature juive. L’Apocalypse de saint Jean lui correspond dans le Nouveau Testament, mais alors les sceaux du livre fermé sont brisés, Ap 5-6, les paroles ne sont plus tenues secrètes, car « le temps est proche », Ap 22.10, et l’on attend la venue du Seigneur, Ap 22.20 ; 1 Co 16.22.

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