Dans ces paroles de l'apôtre Paul s'exprime toute la nouveauté, toute la spécificité du rapport chrétien à la vie et à la mort. En effet, la manière dont nous nous rapportons à la mort est entièrement déterminée par notre rapport à la vie. Si, pour nous, la vie est avant tout notre existence biologique, alors nous nous y accrochons de toutes nos forces, la santé devient notre dieu, et nous ne craignons rien autant que la mort ; cette peur de la mort empoisonne chaque seconde de notre existence. Si, pour nous, la vie est avant tout l'existence spirituelle, alors le corps devient pour nous un frein permanent sur le chemin, une « prison de l'esprit », et la séparation d'avec le corps, la mort physique, est perçue comme le bien suprême, tandis que la vie corporelle d'ici-bas apparaît comme un retard fâcheux et dénué de sens.
Pour les chrétiens, l'essence de la vie est dans l'union avec le Christ, qui s'accomplit déjà ici et maintenant, mais se poursuit tout autant après la mort physique. C'est pourquoi, d'une part, la vie dans ce monde n'est pas dépourvue de sens et il n'y a pas de désir de s'en séparer au plus vite ; d'autre part, il n'y a pas non plus de peur de la mort. Bien plus, comme Paul l'écrit ailleurs, ici, c'est « comme à travers un verre obscur », et ensuite, « face à face » (voir 1 Co 13,12) ; c'est pourquoi la mort est un gain, mais pas un gain d'un niveau tel qu'il faille rompre tous les liens, toutes les relations et tous les services qui constituent la vie du Christ dans notre vie d'ici-bas. On comprend alors que, lorsque nous sommes malades, nous prions pour la guérison et nous nous soignons ; mais si la mort vient, nous pouvons l'accueillir comme une « soeur » selon la parole de François d'Assise.