Tout notre malheur vient de ce que nous nous attachons trop à notre connaissance imparfaite du monde. Nous nous habituons à quelque chose d’ordinaire, et tout ce qui n’entre pas dans ce cadre nous apparaît comme faux, inutile ou même scandaleux. Nous nous habituons à l’idée que, si l’on joue des chansons joyeuses, les gens chantent, et si elles sont tristes, ils pleurent; nous avons un certain ensemble de réactions standard au monde, et souvent nous rejetons tout ce qui le dépasse. Mais le Seigneur ne se laissera jamais enfermer dans aucun de nos schémas de pensée, ni dans aucune réaction habituelle. Parce qu’Il est vivant, parce qu’Il ne dépend de rien en ce monde; au contraire, tout en ce monde dépend de Lui.
Prêtons attention à l’expression « et la sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Une question surgit souvent à propos de ces paroles. Elles nous paraissent étranges, car il semble que la sagesse, comme réalité supérieure et autosuffisante, n’ait besoin d’aucune justification. Il s’agit ici d’une simple nuance de langue. Nous nous souvenons tous bien des paroles de prière: « Tu es béni, Seigneur, enseigne-moi tes justifications », reprises dans la liturgie du psaume 118. Le mot « justification » n’a évidemment pas ici le sens, le plus répandu en russe moderne, de se disculper d’une faute, que tout le monde comprend, mais plutôt celui de vérité: enseigne-moi Ta vérité. De même, le texte évangélique doit plutôt être compris ainsi: dans les enfants de la sagesse, c’est-à-dire chez les hommes qui vivent selon les lois de la sagesse divine, selon les lois de la Sainte Écriture, la vérité de Dieu atteint sa plénitude.