À propos de l’Église, Paul dit qu’elle est « la colonne et l’appui de la vérité ». Comment comprendre ses paroles ? Et qu’entend-il par Église ? Dans l’histoire chrétienne, ces paroles de l’apôtre ont souvent été utilisées pour affirmer l’autorité de telle ou telle religion née sur le terreau chrétien, ainsi que de structures et d’institutions ecclésiastiques très diverses qui prétendaient être les interprètes et les dépositaires ultimes de la vérité chrétienne.
De toute évidence, Paul ne vise aucune religion ni aucune institution ecclésiastique : pour lui, le christianisme n’a jamais été une religion, et les institutions ecclésiastiques dans leur forme médiévale n’existaient tout simplement pas à son époque. Pour l’apôtre, l’Église est quelque chose de tout autre. Cela n’a rien d’étonnant : Paul n’a jamais non plus perçu le christianisme comme une nouvelle religion ; pour lui, il a toujours été non pas une religion, mais une vie, la vie avec le Christ dans son Royaume.
C’est en Lui, dans le Christ, que Paul voit la vérité vivante. Et il n’est pas le seul : les deux, voire trois premières générations de chrétiens regardaient le Christ comme la Torah vivante, et donc aussi comme la vérité vivante. Le Sauveur Lui-même disait d’ailleurs de Lui-même qu’Il est le chemin, la vérité et la vie. Mais une telle vérité ne peut exister que comme la personne du Messie qui a manifesté au monde la Torah vivante. Quant à l’homme, il ne peut connaître la vérité chrétienne qu’en devenant une Torah vivante dans le Christ. Il ne peut y avoir de vérité chrétienne abstraite et formulée : aucun mot, aucune formule ne peut la contenir par définition.
Il existe, bien sûr, des symboles de foi ecclésiaux, mais ils n’ont jamais prétendu exprimer de façon achevée la vérité chrétienne. Ils ne faisaient que délimiter l’espace des opinions possibles pour un chrétien sur les questions fondamentales, espace hors duquel l’homme cesse en fait d’être chrétien au sens où l’étaient les premiers chrétiens. Mais devenir une Torah vivante n’est possible pour l’homme qu’à la condition d’une relation personnelle à la fois avec Dieu et avec le Messie envoyé par Lui. Plus précisément, à l’intérieur de ces relations, relations du Père et du Fils, dans l’espace spirituel qu’elles forment.
Tous ceux qui se trouvent dans cet espace et prennent part au processus de devenir spirituel se trouvent aussi liés entre eux, formant ce tout spirituel que, dans une autre de ses lettres, l’apôtre appelle le corps du Christ. C’est cela qui est l’Église, « la colonne et l’appui de la vérité ». Bien entendu, une telle unité a toujours une certaine dimension extérieure, liée à la vie de son époque, mais elle ne s’identifie jamais pleinement à aucune des formes dans lesquelles elle existe. L’Église comme corps du Christ est toujours plus grande non seulement que toute structure ecclésiastique et toute institution, mais aussi que toute communauté ecclésiale concrète. Et elle seule, dans sa dynamique spirituelle, est « la colonne et l’appui de la vérité ». C’est de cette Église que Paul parle dans sa lettre à Timothée.
