Revenant au thème des relations entre les habitants du Royaume, Paul aborde une question qui, à première vue, n’a pas d’importance de principe : pourquoi la femme doit-elle se couvrir la tête dans l’assemblée ecclésiale? Il semblerait qu’il ne s’agisse que d’une norme culturelle très précise, propre à une époque très précise, qui n’avait de sens que là et alors où cette norme était actuelle. Dans le monde gréco-romain des temps évangéliques, seules les femmes de mauvaise vie sortaient tête nue, et pour une mère de famille paraître ainsi en public était une honte.
Bien sûr, il n’en fut pas ainsi partout ni toujours. Mais Paul, dans son épître, ne fait pas appel à une simple norme culturelle. Il commence par constater le fait que, dans le mariage chrétien, existe une hiérarchie bien réelle, à la tête de laquelle se trouve Dieu Lui-même, suivi du Sauveur, du mari comme chef de famille et enfin de la femme (v. 3). Pour l’apôtre, la tête couverte de l’épouse n’est rien d’autre que le signe de la reconnaissance de cette hiérarchie (v. 10). Et elle devient actuelle avant tout dans la vie ecclésiale, quand il s’agit de prière et de prophétie, ce qui n’a rien d’étonnant : c’est là en effet que le chrétien se manifeste au plus haut point comme habitant du Royaume (v. 4-6).
Il semblerait que, lorsqu’il s’agit de prière ou de prophétie, là où les relations personnelles de telle personne avec Dieu passent au premier plan, toute hiérarchie devrait perdre son actualité. Mais Paul, au contraire, parle de son importance de principe pour le Royaume, y compris dans le contexte d’un service qui, à première vue, ne suppose aucune hiérarchie et demeure profondément, exclusivement personnel (v. 7-9). Ce n’est pas étonnant si l’on se rappelle que, pour l’apôtre, l’Église est avant tout une communauté de personnes vivant dans le Royaume, et qu’il regarde la famille comme une petite Église. Or, dans une communauté, toutes les relations qui unissent les personnes entre elles ont de l’importance. Leur importance demeure même lorsque l’homme se trouve seul à seul avec Dieu.
Et si ces relations sont hiérarchiques, leur hiérarchie devient elle aussi significative pour Dieu et importante pour le Royaume. Une telle hiérarchie n’est plus quelque chose d’imposé de l’extérieur; elle devient une partie organique de la communauté du Royaume, dont elle forme la structure. Bien sûr, une telle structure est, pour parler le langage philosophique, non pas ontologique mais fonctionnelle, ce dont Paul avertit aussitôt (v. 11-12). Elle n’est pas liée au fait que certains de ceux qui y entrent seraient par nature, ou par leurs qualités spirituelles, pires ou meilleurs que d’autres. Il s’agit seulement que la famille, comme petite Église, accomplisse son service et témoigne du Royaume de la meilleure manière. De même que la divinité du Sauveur n’est en rien inférieure à celle du Père, ce qui pourtant n’abolit pas une certaine hiérarchie liée au ministère du Messie que Dieu Lui a confié, de même la femme n’est inférieure au mari ni par nature ni par esprit; mais le service de la famille comme petite Église exige de chacun une place bien définie dans la hiérarchie familiale. Une hiérarchie sans laquelle les membres de la famille chrétienne ne pourront devenir de véritables témoins du Royaume.
