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Lecture en trois ans pour le 28 juillet 2025

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 37

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Recours au prophète Isaïe., 8 Départ du grand échanson., 9 Second récit de l’intervention de Sennachérib., 21 Intervention d’Isaïe., 30 Le signe donné à Ézéchias., 33 Oracle sur l’Assyrie., 36 Châtiment de Sennachérib.
À ce récit, le roi Ézéchias déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac et se rendit au Temple de Yahvé.
Il envoya le maître du palais Élyaqim, le secrétaire Shebna et les anciens des prêtres, couverts de sacs, auprès du prophète Isaïe, fils d’Amoç.
Ceux-ci lui dirent : « Ainsi parle Ézéchias : Ce jour-ci est un jour d’angoisse, de châtiment et d’opprobre. Les enfants sont à terme et la force manque pour les enfanter.
Puisse Yahvé ton Dieu entendre les paroles du grand échanson que le roi d’Assyrie, son maître, a envoyé insulter le Dieu vivant, et puisse Yahvé ton Dieu punir les paroles qu’il a entendues ! Adresse une prière en faveur du reste qui subsiste encore. »
Lorsque les ministres du roi Ézéchias furent arrivés auprès d’Isaïe,
celui-ci leur dit : « Vous direz à votre maître : Ainsi parle Yahvé. N’aie pas peur des paroles que tu as entendues, des blasphèmes que les valets du roi d’Assyrie ont lancés contre moi.
Voici que je vais mettre en lui un esprit et, sur une nouvelle qu’il entendra, il retournera dans son pays et, dans son pays, je le ferai tomber sous l’épée. »
Le grand échanson s’en retourna et retrouva le roi d’Assyrie en train de combattre contre Libna. Le grand échanson avait appris en effet que le roi avait décampé de Lakish,
car il avait reçu cette nouvelle au sujet de Tirhaqa, roi de Kush : « Il est parti en guerre contre toi. »De nouveau, Sennachérib envoya des messagers à Ézéchias pour lui dire :
10 « Vous parlerez ainsi à Ézéchias roi de Juda : Que ton Dieu en qui tu te confies ne t’abuse pas en disant : « Jérusalem ne sera pas livrée aux mains du roi d’Assyrie. »
11 Tu as appris ce que les rois d’Assyrie ont fait à tous les pays, les vouant à l’anathème, et toi, tu serais délivré !
12 Les ont-ils délivrées, les dieux des nations que mes pères ont dévastées, Gozân, Harân, Réçeph, et les Édénites qui étaient à Telassar ?
13 Où sont le roi de Hamat, le roi d’Arpad, le roi de Laïr, de Sepharvayim, de Héna, de Ivva ? »
14 Ézéchias prit la lettre de la main des messagers et la lut. Puis il monta au Temple de Yahvé et la déplia devant Yahvé.
15 Et Ézéchias fit cette prière en présence de Yahvé :
16 « Yahvé Sabaot, Dieu d’Israël, qui sièges sur les chérubins, c’est toi qui es seul Dieu de tous les royaumes de la terre, c’est toi qui as fait le ciel et la terre.
17 Prête l’oreille, Yahvé, et entends,
ouvre les yeux, Yahvé, et vois.
Entends les paroles de Sennachérib
qui a envoyé dire des insultes au Dieu vivant.
18 Il est vrai, Yahvé, les rois d’Assyrie ont exterminé toutes les nations (et leurs pays).
19 Ils ont jeté au feu leurs dieux, car ce n’étaient pas des dieux mais l’ouvrage de mains d’hommes, du bois et de la pierre, alors ils les ont anéantis.
20 Mais maintenant, Yahvé notre Dieu, sauve-nous de sa main, je t’en supplie, et que tous les royaumes de la terre sachent que toi seul es Dieu, Yahvé. »
21 Alors Isaïe fils d’Amoç envoya dire à Ézéchias : « Ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël, à propos de la prière que tu m’as adressée au sujet de Sennachérib, roi d’Assyrie.
22 Voici l’oracle que Yahvé a prononcé contre lui :Elle te méprise, elle te raille,
la vierge, fille de Sion ;
elle hoche la tête après toi,
la fille de Jérusalem.
23 Qui donc as-tu insulté, blasphémé ?
contre qui as-tu parlé haut
et levé ton regard altier ?
Vers le Saint d’Israël !
24 Par tes valets tu as insulté le Seigneur,
tu as dit : « Avec mes nombreux chars
j’ai gravi les sommets des monts,
les dernières cimes du Liban.
J’ai coupé sa haute futaie de cèdres
et ses plus beaux cyprès.
J’ai atteint son ultime sommet,
son parc forestier.
25 Moi, j’ai creusé et j’ai bu
des eaux étrangères ;
j’ai asséché sous la plante de mes pieds
tous les fleuves de l’Égypte. »
26 Entends-tu bien ? De longue date
j’ai préparé cela,
aux jours anciens j’en fis le dessein,
maintenant je le réalise.
Ton destin fut de réduire en tas de ruines
des villes fortifiées.
27 Leurs habitants, les mains débiles,
épouvantés et confondus,
furent comme plantes des champs,
verdure de gazon,
herbe des toits et guérets,
sous le vent d’orient.
28 Quand tu te lèves et quand tu t’assieds,
quand tu sors ou tu entres, je le sais
(et que tu t’emportes contre moi).
29 Parce que tu t’es emporté contre moi,
que ton insolence est montée à mes oreilles,
je passerai mon anneau à ta narine
et mon mors à tes lèvres,
je te ramènerai sur le chemin
par lequel tu es venu.
30 Ceci te servira de signe :
On mangera cette année du grain tombé
et l’an prochain du grain de jachère,
mais, le troisième an, semez et moissonnez,
plantez des vignes et mangez de leur fruit.
31 Le reste survivant de la maison de Juda
produira de nouvelles racines en bas et des fruits en haut.
32 Car de Jérusalem sortira un reste
et des survivants du mont Sion.
L’amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela.
33 Voici donc ce que dit Yahvé sur le roi d’Assyrie :Il n’entrera pas dans cette ville,
il n’y lancera pas une flèche,
il ne tendra pas de bouclier contre elle,
il n’y entassera pas de remblai.
34 Par la route qui l’amena, il s’en retournera,
il n’entrera pas dans cette ville, oracle de Yahvé.
35 Je protégerai cette ville et la sauverai
à cause de moi et de mon serviteur David. »
36 L’Ange de Yahvé sortit et frappa dans le camp assyrien cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Le matin, au réveil, ce n’étaient plus que des cadavres.
37 Sennachérib leva le camp et partit. Il s’en retourna et resta à Ninive.
38 Un jour qu’il était prosterné dans le temple de Nisrok, son dieu, ses fils Adrammélek et Saréçer le frappèrent de l’épée et se sauvèrent au pays d’Ararat. Asarhaddon, son fils, devint roi à sa place.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 38
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

9 i) « de nouveau » 2 R 19.19 et 1QIsa ; omis par TM.


12 j) Probablement Tell Basar ; sur l’Euphrate, cf. 2 R 19.12.


13 k) Ou « un roi par ville », qui serait une glose.


25 l) « étrangères » 2 R 19.24 ; omis par hébr.


27 m) « sous le vent d’orient » 1QIsa ; TM lit « avant la croissance » (?) et omet « Quand tu te lèves », au début du v. suivant.


28 n) Le dernier stique, omis par grec, est probablement un doublet de 29a.


36 o) Le texte parallèle de 2 R 19.35 précise « cette même nuit ».


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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