Réfléchissant à la vie chrétienne, Paul attire l'attention des frères de Philippes sur la tâche essentielle du chrétien : suivre le chemin du salut. Cette affirmation rejoint la conception rabbinique traditionnelle selon laquelle suivre la Torah est la tâche principale de quiconque appartient au peuple de Dieu. Mais là, il s'agissait du chemin de la justice ; ici, du salut et...
Réfléchissant à la vie chrétienne, Paul attire l'attention des frères de Philippes sur la tâche essentielle du chrétien : suivre le chemin du salut. Cette affirmation rejoint la conception rabbinique traditionnelle selon laquelle suivre la Torah est la tâche principale de quiconque appartient au peuple de Dieu. Mais là, il s'agissait du chemin de la justice ; ici, du salut et de la participation à la vie du Royaume. Le choix du chemin de la justice a toujours dépendu de l'être humain lui-même, tout comme le choix du Royaume après la venue du Sauveur dans le monde. Cependant, la progression du juste sur le chemin choisi dépendait dans une large mesure de ses propres efforts, même si, bien sûr, il était impossible d'y persévérer sans l'aide de Dieu.
Le chemin du salut, qui commence par la participation au Royaume et s'achève également dans le Royaume, dépend bien davantage de la volonté et du concours de Dieu, comme l'apôtre le rappelle aux destinataires de sa lettre (v. 13). Dans le Royaume, rien ne se produit sans la volonté de Dieu, sans Sa participation directe et immédiate, qu'il s'agisse de la vie intérieure ou de la vie extérieure. C'est pourquoi la détermination et l'humilité y sont particulièrement importantes : elles excluent toute hésitation, car ce sont précisément les hésitations qui engendrent habituellement les murmures et les doutes que Paul exhorte les chrétiens de Philippes à éviter (v. 14). Il ne s'agit évidemment pas de dire que Dieu, sinon, Se mettra en colère ou Se vexera, mais que, sans détermination ni humilité, il est presque impossible à l'être humain de devenir un habitant du Royaume.
En effet, lorsqu'il est question du Royaume, l'être humain se trouve toujours uniquement du côté de celui qui reçoit : dans son état présent, il n'a rien qu'il puisse y apporter ou faire pour lui. La seule chose que l'être humain déchu puisse faire à l'égard du Royaume, c'est laisser Dieu le rendre apte à la vie nouvelle qui l'y attend. Pour cela, celui qui cherche le Royaume doit absolument apprendre un art qui lui est très difficile : celui de renoncer entièrement à vivre selon son propre jugement, même avec les meilleures intentions, lesquelles, hélas, pavent souvent une route qui ne mène nullement au Royaume. Selon l'apôtre, savoir vivre ainsi distingue les chrétiens qui vivent selon les lois du Royaume des autres hommes, qui vivent selon celles du monde non transfiguré. C'est à cette capacité que Paul rattache toutes les espérances de salut et de triomphe des sauvés au jour du Jugement (v. 15–16).
17 d) Paul fait de l’usage (grec et juif) des libations répandues sur les victimes dans les sacrifices une application métaphorique au culte spirituel des temps nouveaux le sang versé dans sa condamnation à mort viendrait s’ajouter au sacrifice que constitue chez les chrétiens le service de la foi, cf. 3.3 ; 4.18 ; Rm 1.9.
30 e) Var. « l’œuvre du Seigneur » ou « l’œuvre ».
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.