La comparaison que Jésus fait entre les villes où Il prêchait et les cités antiques connues pour leur débauche et leur immoralité peut, à première vue, paraître excessivement dure. Mais cela ne paraît ainsi qu’à première vue. On pourrait croire qu’il n’est pas possible de comparer des hommes qui, même s’ils rejettent le Messie, sont tout de même religieux et pieux à leur manière, dans le cadre de cette religiosité, à des débauchés pour qui les commandements de Dieu sont une parole vide. Mais tout n’est pas si simple. En effet, tout pécheur qui pèche ouvertement sait qui il est et ce qu’il fait. Il peut ne pas penser qu’il commet quelque chose de pécheur, il peut même ne pas comprendre du tout ce que sont le péché et la justice, mais il ne doute pas et ne se trompe pas sur l’essence de ce qu’il fait. Si un tel homme, sous l’influence de facteurs intérieurs ou extérieurs, décide que ce qu’il fait est un péché, il a toutes les chances de changer la situation, car il ne prend pas le péché pour de la justice. C’est sans doute pourquoi Jésus dit que si les habitants des villes connues pour leur relâchement et leur débauche avaient vu ce qu’ont vu les gens qui entouraient Jésus, ils se seraient repentis de tout et se seraient convertis : car ils ne se trompaient pas sur leur propre compte. Mais ceux qui avaient entendu Jésus et vu les miracles qu’Il accomplissait usaient de duplicité et se trompaient eux-mêmes. Beaucoup de pharisiens, par exemple, tentaient de se persuader eux-mêmes, et aussi de persuader les autres, qu’ils rejetaient Jésus et Son témoignage pour des raisons exclusivement de principe, et non par désir de défendre leur propre tradition religieuse et théologique, qui leur était plus chère et plus importante que le Messie et le Royaume. Une telle illusion sur soi-même devenait une impasse spirituelle : on ne pouvait guère compter ici sur un repentir et une conversion rapides, puisque les pécheurs se considéraient comme des justes et des défenseurs de l’orthodoxie. Le péché caché est toujours plus terrible que le péché manifeste. Ce n’est pas par hasard que Jésus rend grâce au Père d’avoir révélé cela aux tout-petits : les sages et les intelligents dépendent trop de leur tradition, tandis que les « tout-petits » n’en sont pas encombrés et perçoivent tout plus simplement et plus clairement. On le voit, toute tradition est ambivalente du point de vue spirituel : elle peut aider l’homme sur le chemin du Royaume comme elle peut l’en empêcher. Et s’il faut choisir, mieux vaut ne pas avoir de tradition du tout que d’en avoir une qui fait obstacle : aucune tradition, même la plus ancienne et la plus profonde, ne vaut tout de même le Royaume. |
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