Paul commence sa lettre aux chrétiens de Philippes en remerciant Dieu pour le témoignage et la proclamation...
Paul commence sa lettre aux chrétiens de Philippes en remerciant Dieu pour le témoignage et la proclamation de la Bonne Nouvelle par lesquels l'Église de Philippes se distinguait apparemment des autres Églises (v. 3–5). Cette gratitude exprime certes la joie de voir la Bonne Nouvelle se répandre dans le monde, ainsi qu'un éloge de ceux qui ont contribué à sa diffusion. Mais l'apôtre porte surtout son attention ailleurs. Ce n'est pas un hasard s'il mentionne Celui qui, « ayant commencé une œuvre bonne » dans le cœur des chrétiens de Philippes et dans leur Église, continuera, espère Paul, à agir en eux et par eux « jusqu'au jour de Jésus-Christ », c'est-à-dire jusqu'à la fin des temps (v. 6–7). Pour lui, il est évident que le témoignage chrétien n'est ni un mérite ni une réussite de l'homme, mais une œuvre de Dieu, que le témoin accomplit avec Lui en Le laissant agir à travers lui. L'œuvre principale du témoin est d'être un instrument de l'action de Dieu, et sa tâche essentielle est de devenir un instrument parfait, afin qu'à la fin des temps, il puisse dire qu'en tant qu'homme, il a fait tout ce qu'il pouvait pour que son témoignage soit parfait. C'est pourquoi l'apôtre parle de la « croissance de l'amour » chez les témoins, de sa croissance « en connaissance et en toute sensibilité » (v. 8–9).
Bien sûr, même pour notre monde encore non transfiguré, il est important que toutes les connaissances et tous les sentiments de l'homme soient guidés par l'amour : non comme émotion ou spéculation abstraite, mais comme désir actif du bien du prochain. Mais, dans notre monde, l'amour, du moins au sens où l'entendent les auteurs bibliques, est avant tout une relation ; dans le Royaume, il est non seulement une relation, mais aussi le milieu dans lequel vivent ses habitants. En un certain sens, on pourrait appeler l'amour la substance spirituelle du Royaume, son fondement, de même que les éléments naturels sont le fondement de notre monde. Celui qui veut s'enraciner pleinement dans le Royaume doit participer à cette « substance du Royaume », l'accueillir en lui autant que le permet la nature humaine ; or celle-ci le permet dans la mesure où elle est elle-même transfigurée par l'action du souffle de Dieu. Certes, le témoignage reste la tâche principale de tout chrétien, mais il ne peut l'accomplir qu'en devenant toujours davantage chrétien au sens premier du mot, c'est-à-dire habitant du Royaume. Alors, au « jour du Christ », au jour du Jugement et du retour du Sauveur, les résultats du ministère d'un tel témoin deviendront clairement visibles pour chacun (v. 10–11).
1 a) Les « épiscopes » ne sont pas encore des « évêques », mais des presbytres ou « anciens », chargés de diriger ou d’assister la communauté, cf. Tt 1.5. Les « diacres » sont leurs assistants, 1 Tm 3.8-13 ; cf. Ac 6.1-6.
4 b) La joie est une des notes caractéristiques de cette épître voir 1.18, 25 ; 2.2, 17, 18, 28, 29 ; 3.1 ; 4.1, 4, 10.
5 c) Non seulement par des secours pécuniaires, 4.15-16, mais encore par leur contribution à son témoignage apostolique, 1.7 ; cf. 2.15-16, quand ils ont souffert avec lui pour l’Évangile, 1.29-30.
5 d) Le jour de leur conversion, cf. Ac 16.12-40.
10 e) L’amour est la source du discernement moral. En Rm 2.18, Paul repousse l’idée que la Loi procure la connaissance de « ce qui est important ».
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.