La pensée principale et l’intonation caractéristique de la lecture d’aujourd’hui sont la reconnaissance...
La pensée principale et l’intonation caractéristique de la lecture d’aujourd’hui sont la reconnaissance. L’apôtre Paul remercie Dieu pour ces hommes en qui Il a « commencé une bonne œuvre » : pour le fait qu’ils existent, pour le fait qu’ils se sont tournés vers le Christ, pour le fait qu’ils prennent part au service missionnaire de l’apôtre lui-même. Il leur écrit qu’il prie toujours pour eux avec joie.
C’est vraiment un grand bonheur de pouvoir prier pour des personnes avec joie et reconnaissance. Nous tenons trop souvent pour allant de soi ce qui devrait être le thème d’une prière joyeuse d’action de grâce. Peut-être cela se comprend-il dans la psychologie du conquérant et du colon : en conquérant et en aménageant de nouveaux territoires pour le Royaume, l’homme s’habitue à regarder en avant, vers des terres encore étrangères, vers des cœurs qui n’appartiennent pas encore au Royaume, oubliant de se réjouir et de rendre grâce pour ceux qui appartiennent déjà à ce Royaume. Mais pour l’apôtre Paul, l’église de Philippes était importante et aimée, même s’il ne lui avait pas été donné de rester longtemps dans cette ville. Et sa joie ample et sa reconnaissance, qui illuminent toute l’épître, sont pour nous un exemple important. L’amour du Christ dans les frères a besoin que nous le soutenions et que nous ne nous oubliions pas les uns les autres.
1 a) Les « épiscopes » ne sont pas encore des « évêques », mais des presbytres ou « anciens », chargés de diriger ou d’assister la communauté, cf. Tt 1.5. Les « diacres » sont leurs assistants, 1 Tm 3.8-13 ; cf. Ac 6.1-6.
4 b) La joie est une des notes caractéristiques de cette épître voir 1.18, 25 ; 2.2, 17, 18, 28, 29 ; 3.1 ; 4.1, 4, 10.
5 c) Non seulement par des secours pécuniaires, 4.15-16, mais encore par leur contribution à son témoignage apostolique, 1.7 ; cf. 2.15-16, quand ils ont souffert avec lui pour l’Évangile, 1.29-30.
5 d) Le jour de leur conversion, cf. Ac 16.12-40.
10 e) L’amour est la source du discernement moral. En Rm 2.18, Paul repousse l’idée que la Loi procure la connaissance de « ce qui est important ».
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.