Emprisonné et faisant le bilan de son service et de son chemin terrestre, Paul dit de lui-même qu'il a « bien mené son combat »...
Emprisonné et faisant le bilan de son service et de son chemin terrestre, Paul dit de lui-même qu'il a « bien mené son combat » (« j'ai combattu le bon combat »), qu'il a « achevé la course » et qu'il a gardé la foi, manifestement non comme un simple système d'opinions, mais d'abord comme fidélité au Christ et confiance en Lui. Et maintenant le Sauveur, selon la parole de l'apôtre, lui a préparé la couronne de justice.
Cette couronne, selon le propre témoignage de Paul, transforme sa vie en libation sacrificielle, en « sacrifice ». Ici l'apôtre se souvient clairement des paroles du Sauveur Lui-même sur la vie, que l'on traduit souvent par « âme », et que l'homme peut soit donner au Christ pour l'Évangile, la sauvant ainsi, soit garder pour lui-même et alors finalement la perdre.
En effet, l'âme au sens biblique n'est pas une structure ni quelque chose de statique ; elle est un processus, un flux rappelant un fleuve qui traverse l'homme, dans lequel en même temps demeure mystérieusement l'homme lui-même, son « moi » spirituel, son coeur, comme la Bible appelle ce « moi ». Et l'on ne peut entrer dans le Royaume qu'en laissant orienter le flux de sa propre vie par Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Il faudra se séparer de sa vie ; elle cessera de nous appartenir avant même que notre corps physique ne meure.
Alors que le corps est encore vivant, elle appartiendra déjà au Christ, et nous existerons en elle comme Il nous l'ordonnera. Le flux de notre vie deviendra alors réellement quelque chose qui ressemble à une libation sacrificielle : le vin ou l'huile ne sont pas en eux-mêmes un sacrifice, ils ne sont qu'un ajout au principal ; mais ils deviennent une partie de ce processus spirituel et naturel qu'était tout véritable sacrifice yahviste.
Et maintenant il se produit quelque chose de semblable, dans les limites d'une vie humaine et à l'échelle de tout le corps du Christ en même temps. Ainsi le chrétien obtient la couronne de justice : par ce don de soi au pouvoir du Christ, il reçoit la plénitude de la vie du Royaume, dans laquelle sa propre vie est elle aussi conservée. Le Royaume ressemble beaucoup à un océan, mais sur un point il s'en distingue tout de même : le filet de chaque vie que le Royaume accueille n'y disparaît pas sans trace, comme disparaît le filet d'eau d'une rivière lorsqu'elle se jette dans l'océan.
La plénitude du Royaume inclut la plénitude de la vie de chacun de ses habitants. Et donc aussi la plénitude de sa justice : car il ne peut y avoir de vie injuste dans le Royaume. Bien sûr, il existe une alternative : on peut garder sa vie pour soi. Mais alors, après la mort du corps, elle s'en ira comme de l'eau dans le sable. Le choix est simple : répandre sa vie en vain ou la remettre au Roi qui saura la garder dans Son Royaume. L'apôtre, comme on le voit, a fait son choix, et il ne le regrette pas.
8 x) Littéralement « aimé son Apparition ». Paul est convaincu d’avoir accompli son devoir. Avec lui seront couronnés tous ceux qui auront accueilli l’Évangile, Ph 4.1 ; 2 Th 1.7, 10.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.