Pour Paul, c’est évident : le Royaume et le fait d’y demeurer sont inséparables des relations qui unissent au Christ chacun de ses disciples...
Pour Paul, c’est évident : le Royaume et le fait d’y demeurer sont inséparables des relations qui unissent au Christ chacun de ses disciples, mais ces relations elles-mêmes ne sont possibles que lorsque l’homme, dans le Christ, demeure jusqu’au bout et entièrement pauvre, au sens spirituel du mot dans lequel le prophète Isaïe de Jérusalem parlait déjà de la pauvreté. Et en ce sens, la pauvreté menée jusqu’au bout n’est rien d’autre qu’un anéantissement, jusqu’à la mort physique, si bien sûr elle est requise pour le témoignage. Et pour le Messie, jusqu’à une immersion complète, sans réserve et sans aucune condition, dans la vie pécheresse du monde déchu, dans les profondeurs de laquelle Il devait apporter la plénitude du Royaume qui était contenue en Lui.
Et le mal du monde pécheur fait réellement prisonnier le Messie Lui-même : il ne peut pénétrer dans les profondeurs de son cœur ni de sa nature humaine, libre du pouvoir du péché, mais il s’est trouvé capable de Le conduire à la croix. Celui qui n’a pas connu le péché s’est trouvé sous le pouvoir du péché, il est devenu péché pour nous, comme Paul le décrit. Telle est la pauvreté du Messie menée jusqu’au bout, pauvreté sans laquelle le Royaume ne serait pas entré dans le monde, parce que le Messie Lui-même ne pouvait entrer dans le monde autrement qu’en pauvre.
Cela se comprend : toute autre entrée aurait signifié se soumettre aux lois du monde qui gît dans le mal. Ne pas s’y soumettre signifiait sortir du monde, mais sortir du monde tout en y restant, c’est précisément mourir. Un tel chemin, pour le Messie portant en Lui toute la plénitude de Dieu, toute la plénitude du Royaume, ne pouvait s’achever sur terre que par la croix. Et par la résurrection, bien sûr, mais cela relève déjà de la réalité du Royaume, non du monde déchu. Du Royaume auquel le monde déchu ne peut appartenir que dans la mesure où, en se transfigurant, il cesse d’être déchu.
Et nous, chrétiens, devenons participants de ce processus, ce que l’apôtre nous rappelle. Si nous sommes vivants et demeurons dans ce monde, ce n’est que dans la mesure où lui-même a déjà cessé d’être déchu, dans la mesure où il a déjà eu le temps d’être transfiguré et de devenir partie du Royaume. Si le Royaume n’était pas dans le monde, il ne nous resterait qu’à mourir. Ou à vivre comme vivaient les justes qui attendaient le Royaume aux temps préchrétiens. Si, bien sûr, nous sommes chrétiens autrement que de nom.
13 r) En réponse à ses adversaires qui prétendaient avoir eu des visions et des révélations, voir 2 Co 12.1, Paul note que l’extase n’est pas un critère significatif car ce qui concerne le ministère, ce sont les hommes et non pas Dieu.
14 s) Le Christ est mort pour tous, c’est-à-dire au nom de tous, comme chef représentant l’humanité tout entière. Mais ce qui a valeur aux yeux de Dieu dans cette mort, c’est l’obéissance d’amour qu’elle manifeste, le sacrifice d’une vie entièrement donnée, Rm 5.19 ; Ph 2.8 ; cf. Lc 22.42 ; Jn 15.13 ; He 10.9-10. Les fidèles rendus participants à cette mort par le baptême, Rm 6.3-6, doivent ratifier cette oblation du Christ par leur vie (ici, v. 15, et Rm 6.8-11).
16 t) Paul oppose sa présente connaissance du Christ comme sauveur avec celle qu’il avait lorsqu’il persécutait l’Église et qu’il le considérait comme un maître trompeur qui égarait les juifs.
17 u) Le centre de cette « nouvelle création », ici et Ga 6.15, — qui intéresse tout l’univers, Col 1.19s ; cf. 2 P 3.13 ; Ap 21.1, — est l’« homme nouveau » créé dans le Christ, Ep 2.15, pour une vie nouvelle, Rm 6.4, de justice et de sainteté, Ep 2.10 ; 4.24 ; Col 3.10. Comparer la nouvelle naissance du baptême, Rm 6.4.
17 v) Littéralement « les (choses) anciennes ont disparu, voici, des (choses) nouvelles sont là ». Var. « toutes les (choses) sont nouvelles ».
21 w) Dieu a rendu le Christ solidaire de l’humanité pécheresse afin de rendre les hommes solidaires de son obéissance et de sa justice, cf. 2 Co 5.14 ; Rm 5.19. Peut-être « péché » est-il pris ici au sens de « sacrifice/victime pour le péché », le même mot hébreu hatta’t pouvant avoir ces deux sens, cf. Lv 4.1-5.13.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.