Les paroles du Christ ressuscité, rencontré par Paul sur le chemin de Damas, produisent une double impression. D'un côté, tout est simple et clair: il est inutile de regimber contre l'aiguillon, Dieu est en tout cas plus fort que l'homme, et ce n'est pas à l'homme, fût-il aussi doué à tous égards que Paul, de s'opposer au Royaume qui entre dans le monde. Et pourtant: y a-t-il peu de personnes qui s'y opposent? Le Christ leur apparaît-il à toutes comme il est apparu à Paul? La réponse est évidente. Il ne reste qu'une question: pourquoi donc? Le Ressuscité ne pourrait-il pas apparaître à chaque homme qui doute, et même à chaque opposant, afin que, se heurtant à lui comme à un aiguillon, l'homme soit convaincu et se transforme d'adversaire en fidèle disciple, comme cela s'est produit avec Paul?
Si l'on considère cette question, selon l'expression moderne, du point de vue technique, il n'y a ici aucun problème. Le problème est ailleurs: dans le choix spirituel de l'homme et dans la liberté de sa volonté. On ne peut imposer le Royaume par la force; il ne peut être reçu que librement. Et non parce que l'homme incroyant ne peut pas le voir, car si Dieu le veut, n'importe qui verra le Royaume, mais parce que la structure du Royaume est formée par des relations d'amour qui lient ses habitants à Dieu et au Christ, tous les habitants entre eux, et enfin le Christ lui-même à son Père céleste. Ici, sans bonne volonté, rien n'est possible: on ne peut pas forcer quelqu'un à aimer, ni aimer contre son désir.
Mais alors qu'en est-il de Paul, qui s'est heurté au Christ et à son amour comme à un aiguillon? Où est ici la liberté? À première vue, il semble qu'il ne puisse être question d'aucune liberté dans ce cas, s'il n'y avait un « mais »: Paul, alors qu'il était encore Saul, avait déjà fait son choix. Un choix en faveur de Dieu, de la Torah, du chemin de la justice, ainsi bien sûr qu'il les comprenait. Il ne restait alors à Dieu qu'à corriger ses représentations de lui-même, du Messie, de la Torah, du chemin de la justice. Il le fait, rapidement et résolument, en tenant compte du caractère et des qualités personnelles de celui dont il veut redresser la route. Devenu Paul, Saul changea radicalement, qualitativement: il fut rendu participant de la vie de ce Royaume dont il ne pouvait auparavant que rêver. Mais son vecteur spirituel demeura le même; en ce sens, il ne s'est pas trahi lui-même. Il a seulement parcouru son chemin jusqu'au bout, et au bout il a trouvé ce qu'il cherchait: le Messie et le Royaume.
