L'image de Dieu pesant la vie (« l'âme ») de l'homme comme sur une balance plonge ses racines dans une très ancienne époque prébiblique. Cette image est devenue essentielle pour décrire ce que le monde païen appelait le jugement des dieux, et dans certains livres bibliques elle apparaît comme un élément de la description du Jugement dernier.
Il est tout naturel qu'une telle pesée devienne pour l'homme un moment de vérité. Chacun de nous est porté, d'une manière ou d'une autre, à se justifier lui-même et à justifier ses actes ; pour une analyse spirituelle vraiment lucide de sa propre vie, il faut une révélation particulière, que tout le monde ne reçoit pas. Mais pour Dieu, tous les mouvements de notre coeur, tous nos mobiles et toutes nos intentions sont transparents. Il comprend au premier regard « combien nous pesons » ou, pour recourir à des images qui nous sont plus familières, ce que nous valons.
Il semblerait qu'une expérience de vie suffisamment riche et une honnêteté élémentaire envers soi-même devraient délivrer chacun de ses illusions à son propre sujet. Mais les choses ne sont pas si simples : les vraies raisons de nos propres actes, ces mobiles et intentions mêmes qui les déterminent, se trouvent en général effectivement cachés au regard intérieur de l'homme déchu. Et l'expérience de la vie ne suffit pas ici, pas plus que cette honnêteté ordinaire accessible à l'homme qui ne veut pas se tromper lui-même.
Ce n'est pas un hasard si, dans la pratique de la prière juive comme chrétienne, on connaît des appels particuliers à Dieu pour Lui demander de montrer à celui qui s'adresse à Lui l'état véritable de son âme, de lui faire comprendre les vraies raisons des actes commis et de lui faire voir les péchés qui empêchent des relations normales avec Dieu. Car il vaut tout de même mieux se débarrasser maintenant de tout ce qui empêche de vivre une vie spirituelle pleine que de l'apprendre au Jugement redoutable.
