Après l’histoire du veau d’or se produisent, l’un après l’autre et manifestement à très peu d’intervalle, deux événements : Dieu envoie le peuple vers la terre promise...
Après l’histoire du veau d’or se produisent, l’un après l’autre et manifestement à très peu d’intervalle, deux événements : Dieu envoie le peuple vers la terre promise déjà à Abraham, et Moïse dresse la première Demeure. La première, avant même celle qui sera ensuite construite si lentement et si solennellement.
Cela se comprend : maintenant, après l’histoire du veau, la Demeure était absolument nécessaire. Plus exactement, il fallait un culte yahviste ; la Demeure en devint simplement la base. Car il était devenu clair que, sans culte, sans quelque chose de visible, de tangible, de concret, le peuple ne perçoit pas Dieu. La seule Présence ne suffit pas, pas même l’autel seul : il faut un sanctuaire.
Sinon, on n’en finirait pas avec de nouveaux veaux d’or. Le culte naît toujours d’une impuissance spirituelle. D’une inconsistance spirituelle, du moins lorsqu’il s’agit des religions que l’on appelle d’ordinaire religions de la Révélation. À l’origine, toutes ces religions sont liées au yahvisme et remontent à lui : l’histoire de la Révélation systématique et continue dont l’humanité se souvient commence tout de même avec Abraham. Tout ce qui est antérieur, ce sont des moments, des épisodes, une ligne pointillée ; avec Abraham, c’est une ligne continue. Ici, la Révélation est au centre, et tout le reste autour.
Même le sacrifice n’est qu’un moyen de communion avec Dieu, mais il est au moins vraiment absolument nécessaire : il faut bien que l’homme rencontre Dieu d’une manière ou d’une autre et quelque part. C’est autre chose pour une tente plus ou moins somptueuse, et plus encore pour le Temple : on aurait pu s’en passer, mais alors beaucoup auraient douté que Dieu fût au milieu d’eux, comme ils en ont douté en l’absence de Moïse.
Le culte est donc nécessaire, et Dieu descend vers la faiblesse humaine en le permettant, et même en indiquant comment tout organiser au mieux. Lui-même, cependant, ordonne au peuple de partir vers le but, vers la terre promise. Le peuple est-il prêt pour ce chemin ? Bien sûr que non : après l’histoire du veau, il ne pouvait y avoir aucune question à ce sujet. Plus encore, Dieu dit directement à Moïse qu’Il n’ira pas avec le peuple, sans quoi très vite personne ne restera en vie : le peuple n’est pas prêt à la présence de Dieu.
La seule issue, c’est encore le même culte, un sanctuaire séparé, où peu de gens pourront entrer tandis que les autres n’auront que la cour. Ce n’est pas la meilleure solution, mais que faire si le peuple n’est pas prêt pour davantage ? Il faudra aller vers le but et se préparer en chemin, en acquérant l’expérience au fur et à mesure. C’est tout de même mieux que de rester sur place à « s’amuser » avec des veaux d’or.