La lecture d'aujourd'hui nous permet de mieux comprendre l'essence du conflit de Jésus avec cette partie de la Synagogue qui le rejetait et le condamnait. Il le dit lui-même de façon parfaitement claire: le principal problème de ses adversaires est qu'ils n'ont jamais connu le Dieu réel et vivant (v. 37-38). À première vue, une telle affirmation peut paraître étrange: en effet, les partisans comme les adversaires de Jésus étaient pour la plupart des hommes profondément religieux, connaissant l'Écriture et attendant, du moins en paroles, le Messie et le Royaume. Mais, manifestement, la religion était devenue pour eux une fin en soi au lieu d'être un moyen. Le Sauveur caractérise cette situation en une courte phrase: vous cherchez la gloire les uns auprès des autres, et non auprès de Dieu (v. 44).
Toute religion est œuvre des mains humaines. Certes, la révélation donnée par Dieu a souvent besoin d'une enveloppe religieuse pour être conservée et transmise aux générations à venir, mais son rôle demeure alors purement auxiliaire; la religiosité comme telle n'a aucun rapport avec la révélation. Mais, comme toute œuvre humaine, la religion offre un vaste champ à l'expression créatrice de soi, car s'y unissent des formes de culture aussi différentes que la science, l'art et l'ascèse. Et, comme toute œuvre humaine, la religion peut parfaitement saisir l'homme tout entier. Bien plus, elle est capable, comme rien d'autre, d'influencer la formation du système de valeurs des individus et de communautés entières.
Il n'est pas étonnant que toute religion, et plus encore une religion comme le judaïsme, fondée sur une tradition multiséculaire liée à la révélation donnée par Dieu, se referme tôt ou tard dans ses propres cadres et devienne autosuffisante. Alors ses adeptes doivent faire des efforts particuliers pour percer à travers leur religiosité jusqu'à Dieu. Mais, manifestement, les adversaires de Jésus n'étaient nullement disposés à de tels efforts. Toutes leurs forces étaient au contraire dirigées vers le maintien de cette enveloppe religieuse qui, en théorie, devait protéger la révélation autrefois reçue de Dieu, mais qui, en réalité, avait depuis longtemps cessé de remplir cette fonction. Ce n'est pas un hasard si Jésus dit que la Torah elle-même, donnée par Moïse, deviendra pour eux un jugement (v. 45): car garder fidélité à la Torah signifie garder fidélité à Dieu et à Celui qu'il envoie, et non à la tradition religieuse en elle-même, même si celle-ci devait son origine à la Torah (v. 46-47).
Et il ne s'agit pas du fait que le Seigneur serait blessé par ceux qui ne l'acceptent pas: il se soucie peu de gloire ou de renommée (v. 41). Il s'agit du fait que le temps du Jugement est déjà proche, et qu'il veut que chacun entre dans le Royaume (v. 34). Car le Jugement place chacun devant le choix entre la vie et la mort. Et aucune religion ne peut ici aider personne. Seul peut aider Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.
