À la lecture du passage d'aujourd'hui, ce qui attire d'abord l'attention, c'est la description des eaux de la mer qui se sont écartées (Ex 14:19-22). Pourtant ce miracle, comme tous les miracles de l'Exode, pourrait, si on le voulait, s'expliquer par des causes tout à fait naturelles, comme l'ont déjà fait plus d'une fois des commentateurs d'esprit critique. Dieu ne s'impose pas, et les miracles ne deviennent des miracles que pour ceux qui voudraient voir dans les événements historiques la main de Dieu. À ceux qui ne le veulent pas, il ne reste que le cours naturel des événements. En effet, un vent violent venu du désert pouvait fort bien repousser l'eau vers la mer et rendre praticables des lieux infranchissables, car le texte hébreu ne parle pas proprement de la mer Rouge, mais de la « mer des Roseaux », située dans la région des Lacs Amers (aujourd'hui, le canal de Suez traverse ce territoire). Or les Lacs Amers formaient un système de lagunes reliées à la mer Rouge, de sorte que le vent du désert, en repoussant l'eau vers la mer, a mis le fond à nu pendant un temps, ce qui a permis aux Hébreux de partir au désert.
Mais le plus important est peut-être lié non pas même au passage miraculeux de la mer des Roseaux, mais à la présence même de Dieu, qui accompagnait le peuple sur le chemin de l'Égypte au Sinaï (Ex 13:21-22 ; 14:19-20). Cette présence accompagnera désormais le peuple de Dieu tout au long de son histoire ultérieure, se manifestant sous diverses formes et dans diverses situations. Et c'est précisément elle qui fait du peuple de Dieu le peuple de Dieu. Les eaux écartées ne sont qu'un des miracles, un des exemples de l'intervention de Dieu dans une situation où Son peuple avait besoin d'aide. Aucun peuple sur la terre n'est, par lui-même, digne de devenir le peuple de Dieu. Et seule la présence immédiate de Dieu, Son action directe, pour ainsi dire, peut rendre digne le peuple que Dieu choisit pour en faire Son peuple.
Mais même après l'élection, le peuple élu ne demeure élu que tant qu'il garde fidélité à Celui qui l'a élu. C'est pourquoi chaque génération devra répondre encore et encore à l'appel de Dieu : car il n'y a pas d'élection sans relations réelles et vivantes avec Dieu, qui ne se transmettent pas par héritage et ne s'établissent pas d'elles-mêmes, selon quelque « droit d'élu » particulier. Cela est vrai pour l'Église de l'Ancien Testament ; à plus forte raison pour l'Église du Christ.
