Tout le monde connaît aujourd'hui le principe « oeil pour oeil, dent pour dent ». Pour beaucoup, tout l'Ancien Testament, toute la Loi, se résume à lui...
Tout le monde connaît aujourd'hui le principe « oeil pour oeil, dent pour dent ». Pour beaucoup, tout l'Ancien Testament, toute la Loi, se résume à lui. La Torah ne s'est jamais limitée à une législation ni même à un code moral ; ce qui y passait toujours au premier plan, c'était le chemin spirituel lié aux relations de l'homme et de Dieu. Cela vaut aussi pour le principe « oeil pour oeil, dent pour dent ».
Jésus, comme on le sait, le rejette en le disant directement dans le Sermon sur la montagne ; pourtant Il accepte la Torah, et comme Torah intérieure, assimilant l'intention à l'acte : la haine, par exemple, au meurtre, ou la convoitise à l'adultère. Une telle assimilation de l'intention à l'acte était assez largement répandue à cette époque, et c'est en ce sens que l'on parlait souvent de la Torah intérieure, écrite non sur le papier mais dans le coeur humain.
Or le coeur se définit par les intentions qui y naissent et par les valeurs vers lesquelles l'homme s'oriente (« là où est le trésor, là aussi est le coeur »). Il est tout à fait évident qu'en rejetant le principe « oeil pour oeil, dent pour dent », le Sauveur rejette la vengeance comme telle. La Torah, à première vue, semble la justifier : car la norme correspondante est manifestement présente dans la législation du Livre de l'Exode. Si elle y était la seule, il en serait ainsi.
En réalité, le Livre de l'Exode propose aussi un tout autre principe pour résoudre le même problème : si, par exemple, un homme a blessé quelqu'un, il doit payer les soins de celui qu'il a blessé et compenser, comme nous dirions aujourd'hui, le manque à gagner lié à son travail. C'est ce principe qui est ce que prescrit la Torah : il s'agit d'une compensation, mais d'une compensation raisonnable, orientée vers la réparation du dommage causé. Le principe « oeil pour oeil, dent pour dent » plonge ses racines dans une antiquité préyahviste et prébiblique, dans les normes du droit coutumier.
Il ne s'agit pas tant d'une prescription que d'une concession à des coutumes qui n'avaient pas encore complètement disparu, d'une exigence, si l'on en venait à la vengeance, de ne pas infliger à l'offenseur un dommage disproportionné. La vengeance est mauvaise, mais dans ce cas la Torah fait une concession à la dureté du coeur humain. Jésus, Lui, exclut de telles concessions : car depuis le temps de Moïse jusqu'à l'époque évangélique, le peuple avait déjà parcouru un immense chemin, historique et spirituel. Ce qui était encore admissible au temps de Moïse a cessé de l'être à l'époque où le Royaume entre déjà dans le monde. La Torah reflète toujours l'étape atteinte par le peuple sur son chemin. Elle forme spirituellement le peuple de Dieu, le transformant et, à son tour, se transformant avec lui.