Le samedi, le shabbat dans le judaïsme, est le fondement des fondements. Sans l'observance du shabbat, il n'y a pas de judaïsme ; cela est clair pour tout Juif fidèle, et les temps évangéliques ne diffèrent en rien des nôtres sur ce point. Mais que signifie observer le shabbat ? Pour la conscience religieuse, cela signifie avant tout observer les interdits rituels correspondants. De tels interdits étaient déjà à cette époque pratiquement aussi nombreux qu'aujourd'hui, si nombreux qu'une personne, à moins d'être née et d'avoir grandi dans un milieu juif orthodoxe, ne parvient généralement pas à les observer tous : elle oubliera forcément quelque chose, se trompera quelque part et fera quelque chose d'interdit.
Les pharisiens justement, étant des hommes profondément et, à leur manière, sincèrement religieux, veillaient à ce que les interdits ne soient pas enfreints. Arracher des épis est aussi un travail qui, comme tout travail, est interdit le shabbat ; cela signifie donc que les disciples de Jésus ont violé le shabbat.
Les pharisiens signalent cette violation au Maître : ils pensent qu'Il instruit simplement mal Ses disciples, qu'Il ne leur apprend pas à observer le shabbat comme il faut ; c'est donc à Lui, en premier lieu, qu'il faut demander des comptes. Mais Jésus leur répond de manière tout à fait inattendue, en rappelant l'histoire connue, décrite dans le livre des Rois, où le grand prêtre donna à David, qui se cachait de Saül, les pains de proposition, nourriture exclusivement sacerdotale. Par là, il semblait avoir violé la Torah, qui interdit de manger les pains de proposition à tous sauf aux prêtres, et l'interdit est ici direct : ce n'est pas une liste d'interdits rituels du shabbat établie par des commentateurs.
Il existe pourtant des situations où l'on peut même ce qui, d'ordinaire, n'est pas permis. Le shabbat ne peut ni ne doit devenir une fin en soi ; il n'est qu'un moyen, comme tout le culte, tout le rituel. Dès qu'on l'oublie, qu'on en fait le but, la vie spirituelle et la communion avec Dieu sont remplacées par le ritualisme religieux et le légalisme qui tuent cette vie. Des choses simples, qu'il faut pourtant rappeler, et avant tout à des personnes profondément et, à leur manière, sincèrement religieuses.
