Pourquoi Rachel avait-elle besoin de ces «idoles», petites statues de dieux païens protecteurs de la maison, qui se trouvaient alors dans chaque maison? Il y a une explication simple: celui qui possédait les dieux domestiques pouvait prétendre à l'héritage. Oui; mais est-ce la seule chose? Rachel comprenait elle-même qu'elle n'avait plus de chemin de retour vers la maison paternelle. Alors quoi? Une défiance envers le Dieu de Jacob? Envers le Dieu sur lequel il fallait désormais seulement espérer? À peine: s'il en avait été ainsi, Rachel n'aurait pas osé fuir avec son mari en risquant tout. Alors pourquoi?
La réponse la plus simple peut paraître étrange au premier abord: par précaution. Bien sûr, le Dieu de Jacob est plus fort que les dieux païens, Il est manifestement plus fort que les dieux de Laban, Il l'a prouvé plus d'une fois. Mais tout de même: et si? Et si Son soutien s'avérait insuffisant? Il est imprévisible. Tandis qu'ici tout est habituel, familier; ces dieux domestiques ont toujours aidé, ils aideront sans doute encore maintenant. L'essentiel est de ne pas les abandonner, de les prendre avec soi.
Bien sûr, de tels arguments ne sont pas toujours clairement pensés; parfois l'homme les suit en se rendant peu compte, ou pas du tout, de ce qu'il fait et des motifs qui le guident. Mais dans le coeur, là où se fait le choix et où se prennent les décisions, s'installe l'hésitation. Et l'hésitation suscite le désir de s'assurer, de ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Qu'il y ait Dieu, et aussi quelque chose ou quelqu'un d'autre: les anciens dieux, les anciennes coutumes à demi magiques, peu importe quoi, pourvu que ce soit ancien et éprouvé. Et comment cela fonctionne, en quoi cela pourra aider, peu importe aussi: cela aidait autrefois, donc cela aidera aujourd'hui.
Et au fond de l'âme, un seul désir: obtenir sinon une chaloupe de sauvetage, du moins une bouée de sauvetage pour le cas d'un naufrage possible, pour le cas où Dieu ne s'en sortirait pas. Et ceux qui cherchent un tel «salut» ne pensent pas que, si Dieu abandonne, aucune chaloupe ni aucune bouée n'aidera. Sans Lui, il n'y a qu'une route: vers le fond. Avec Lui, c'est vers le Royaume. Sans bouées de sauvetage et sans assurance.
