Comme en écho aux événements de l'an 70, l'auteur de l'épître parle de l'autel auquel les « serviteurs de la tente », c'est-à-dire les représentants du sacerdoce lévitique traditionnel, n'ont pas part (v. 10). Il mentionne la pratique des sacrifices yahvistes, selon laquelle la chair du sacrifice de purification (à l'exception de la partie brûlée sur l'autel et de celle qui revenait aux prêtres) était brûlée à l'écart du lieu du sacrifice (Lév. chap. 4). De même, selon lui, « hors du camp », après la destruction de Jérusalem et du Temple, se sont retrouvés tous les chrétiens ; cela, toutefois, ne devait pas les troubler : car Jésus lui-même a versé son sang pour le salut des fidèles au même endroit, « hors du camp », au-delà des murs de Jérusalem (v. 11-14). Telle est l'essence du sacrifice de purification : il purifie l'homme tout en le privant du repas sacrificiel. Il en a été ainsi pour le peuple de Dieu : après la destruction du Temple, il s'est trouvé privé du repas sacrificiel, non pas simplement ainsi, mais en recevant en même temps la possibilité d'être purifié par le sang qui, pour ceux qui ont accueilli le sacrifice du Christ, est devenu le sang de l'alliance nouvelle, messianique.
Pour ceux qui avaient rejeté le sacrifice, la catastrophe n'était qu'une catastrophe, sans espérance et sans issue ; pour les chrétiens qui l'avaient accueilli, elle donnait l'espérance que la fin de la Jérusalem terrestre n'était pas encore la fin de l'histoire du peuple de Dieu, que l'histoire du Royaume se poursuivait, et qu'au-dessus des ruines de la Jérusalem terrestre apparaîtraient bientôt les contours d'une autre Jérusalem, la Jérusalem céleste descendant sur la terre. Et dans l'attente de ce jour, jour du triomphe du Royaume et du retour du Sauveur, l'auteur de l'épître appelle ses coreligionnaires à ne pas abandonner les normes et les fondements de la vie chrétienne qu'ils ont reçus de la première génération de chrétiens (v. 1-6). Cela concerne surtout les bases de la vie spirituelle dont les contemporains de l'auteur de l'épître avaient entendu parler par leurs guides : en temps de crise spirituelle, il devait inévitablement apparaître (et, à ce qu'il semble, il apparaissait réellement) des « maîtres » désirant les réviser et les adapter à l'esprit du temps ; c'est pourquoi, visiblement, l'auteur appelle ses lecteurs à ne pas oublier les guides qui autrefois (sans doute encore au début de leur chemin chrétien) les avaient aidés à s'engager sur la voie menant au Royaume (v. 7). En effet, le Christ n'a pas changé, pas plus que le Royaume lui-même (v. 8). Et la tâche principale de ceux qui marchaient en temps troublés était de ne pas s'écarter du chemin qu'ils avaient jadis emprunté.
