Pour Paul, le christianisme est avant tout le Royaume et la vie dans le Royaume. Les réalités de notre monde déchu...
Pour Paul, le christianisme est avant tout le Royaume et la vie dans le Royaume. Les réalités de notre monde déchu ne sont nullement absolues pour lui. Seul l’être de Dieu est pleinement et absolument réel ; on peut considérer comme relativement réel l’être dont Dieu soutient directement et immédiatement l’existence, comme Il soutient le monde qu’Il a créé. Mais pour que l’existence du monde soit possible, celui-ci doit exister en ayant pour centre la présence de Dieu.
Le monde créé est une théophanie, qui n’est toutefois pas identique à Dieu dans Son essence. Quant au monde créé comme tel, la matière, la substance dont il est composé, elle n’est que la limite extérieure de cette théophanie. C’est ainsi que le monde s’est présenté à Moïse et à son peuple au Sinaï : au centre, la théophanie, la présence de Dieu manifestée au monde, la montagne sacrée, et autour, tout le reste du monde comme périphérie de la montagne sacrée, comme réceptacle de la théophanie.
Mais ce n’était qu’une projection de l’univers tel qu’il est ; avec la venue du Christ, lorsque le monde se trouve devant le Trône de gloire parce que le Christ révèle au monde la réalité de ce Trône, ce n’est plus une projection qui est ouverte à l’humanité, mais l’univers lui-même dans toute sa plénitude, l’univers comme Royaume de Dieu. Or l’homme, pendant ce temps, reste homme, homme déchu, sur lequel le péché exerce sinon un pouvoir absolu, du moins un pouvoir déterminant. Et l’auteur de l’épître rappelle à ses lecteurs qu’on ne peut pas vivre dans le Royaume, devant le Trône de gloire, sans s’opposer à sa propre condition pécheresse.
Le refus d’une telle opposition, ou plus encore l’ignorance de la réalité du Royaume, ne signifie qu’une seule chose : l’homme qui l’ignore, en refusant de vivre dans le domaine de l’amour de Dieu, se trouve face à face avec la puissance de Dieu. Et une telle rencontre ne peut se terminer que d’une seule manière : l’homme disparaîtra tout simplement, cessera d’exister, comme disparaît toute grandeur finie devant l’infini. Si Dieu n’est pas devenu pour l’homme Amour, Il devient pour lui un « feu dévorant ». Une telle chose est bien sûr possible, mais ce n’est pas du tout ce que Dieu veut pour l’homme. Pourtant l’homme peut connaître aussi le feu de Dieu s’il refuse l’amour de Dieu.