La lecture d'aujourd'hui nous ramène de nouveau au thème du nouvel Israël. Ici, le prophète utilise l'image, apparue pour la première fois chez Osée, de l'épouse abandonnée par son mari pour son infidélité et que celui-ci reprend après son repentir (v. 1-7 ; Os 2:1-23). Cette image devient la clé pour comprendre le passage d'aujourd'hui : elle explique la possibilité même de ce qui est arrivé au peuple. Il s'agit de l'immutabilité de l'alliance, à laquelle Dieu demeure fidèle même lorsqu'on ne peut plus compter sur la fidélité du peuple (v. 9-10).
Une telle approche paraît, à première vue, très éloignée de toute idée de justice. On pourrait alors parler d'un amour qui pardonne tout, mais un amour aveugle et qui pardonne tout appartient plutôt à l'homme déchu qu'à Dieu : Son amour est toujours exigeant, il ne se résigne pas à l'imperfection de l'être aimé, que Dieu cherche toujours à rendre aussi parfait que possible.
Il s'agit, semble-t-il, d'autre chose. Pour caractériser les relations entre Dieu et l'homme, les auteurs bibliques recourent le plus souvent à une notion comme la fidélité (dans la traduction synodale russe, le mot hébreu correspondant est généralement traduit par « foi »). Or la mesure de la fidélité, comme on le comprend aisément, est déterminée par la mesure de profondeur et d'intégrité spirituelles de celui qui garde fidélité. C'est pourquoi la fidélité humaine est par définition limitée et finie, tandis que la fidélité de Dieu est absolue. Et une telle fidélité absolue ne peut disparaître même lorsque l'autre partie oublie la fidélité.
Cesser de garder fidélité à Son peuple signifierait pour Dieu Se trahir Lui-même, et cela, naturellement, ne peut arriver, car Dieu n'est pas un homme. Alors Dieu doit travailler longtemps et avec persévérance avec Son peuple, en lui rappelant l'alliance conclue, les obligations assumées puis oubliées, le fait que l'existence même du peuple dépend de ses relations avec Dieu. Et Il doit déployer des efforts absolument incroyables pour refaire de Son peuple un peuple véritablement à Lui, le purifier et le sanctifier encore et encore, le conduire derrière Lui en essayant de lui apprendre enfin à marcher plus ou moins par lui-même.
Pour une telle pédagogie, il faut des forces infinies et une patience infinie, et Dieu possède l'une et l'autre. S'il en était autrement, si Dieu voulait renoncer à l'alliance une fois conclue, le destin de Son peuple serait tout autre. Mais, heureusement pour nous tous, le Dieu d'amour ne peut agir autrement.
