Comparer l'amour à la mort et la jalousie au shéol, le royaume des morts, peut paraître à première vue un peu étrange. En effet, l'amour est d'habitude associé non à la mort, mais à la vie, et même à toute sa plénitude. Le rapprochement de la jalousie et du shéol peut sembler...
Comparer l'amour à la mort et la jalousie au shéol, le royaume des morts, peut paraître à première vue un peu étrange. En effet, l'amour est d'habitude associé non à la mort, mais à la vie, et même à toute sa plénitude. Le rapprochement de la jalousie et du shéol peut sembler plus logique: là où il y a jalousie, on peut s'attendre à tout, y compris à ce qui peut finir par la mort.
Cependant, le mot hébreu correspondant suppose la jalousie non au sens moderne du terme, presque exclusivement négatif, mais au sens où on l'employait autrefois: le zèle ou l'ardeur pour ce envers quoi l'homme éprouve cette jalousie. Aux temps de Pouchkine encore, le mot russe pour «être jaloux» pouvait signifier «aspirer», et le mot hébreu correspondant signifie d'abord cela.
Ainsi, l'amour et le zèle sont comparables à la mort et au shéol. Pourquoi donc? La question restera sans réponse si l'on oublie que, dans la Bible, toutes les notions spirituelles sont considérées comme des notions ultimes, portées à leur accomplissement logique et à leur plénitude. Il faut donc prendre l'amour et la mort dans leur plénitude, portés à la limite jusqu'où ils peuvent aller. Et dans ce cas, il faut parler de l'amour du Royaume et de la perdition éternelle.
On dirait qu'il s'agit d'un amour humain, de l'amour de l'homme pour la femme et de la femme pour l'homme. Pourtant l'amour dont parlent les livres bibliques est un; il ne se divise pas comme certains théologiens tentent parfois de le diviser en «terrestre» et «céleste». De même que le monde ne se dédouble pas en un monde «supérieur», spirituel, et un monde «inférieur», naturel. Et l'homme dans la Bible est lui aussi une créature exclusivement entière; la division, sous toutes ses formes existantes, lui est devenue propre après la chute.
L'apôtre Paul ne compare pas par hasard les relations des époux aux relations du Christ avec l'Église, de même que, plus tôt encore, les grands prophètes les avaient comparées aux relations de Dieu avec Son peuple: tout amour, s'il est vrai et va jusqu'au bout, appartient au Royaume. Dans le monde déchu, un tel amour existe malgré les lois de ce monde déchu, qui cherche toujours à le tuer.
Au début, les forces de ce monde cherchent d'habitude à priver l'amour de son véritable contenu spirituel, à en faire une part de ce monde, à l'abaisser et à le vulgariser. Si cela ne réussit pas, le monde déchu cherche à détruire l'amour avec ceux qui le portent. Rien d'étonnant: sans l'amour du Royaume, le monde déchu est plus tranquille. Entre deux forces, l'amour et la mort, le monde déchu choisit la mort. Mais à la fin des temps, c'est tout de même le Royaume qui triomphe dans le monde, et donc l'amour qui chasse la mort.