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La Bible en cinq ans pour le 6 septembre 2024

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 9,  vers 1-14

IV. Revanche des Juifs> 1 Le grand jour des Purim.
Les ordres du décret royal entrant en vigueur le douzième mois, Adar, au treizième jour, ce jour où les ennemis des Juifs s’étaient flattés de les écraser vit la situation retournée : ce furent les Juifs qui écrasèrent leurs ennemis
Dans toutes les provinces du roi Assuérus ils se rassemblèrent dans les villes qu’ils habitaient afin de frapper ceux qui avaient comploté leur perte. Personne ne leur résista, car la peur des Juifs pesait sur toutes les populations.
Grands officiers des provinces, satrapes, gouverneurs, fonctionnaires royaux, tous soutinrent les Juifs par crainte de Mardochée.
Mardochée était en effet un personnage éminent au palais, sa renommée se répandait dans toutes les provinces : Mardochée était en train de devenir un grand homme.
Les Juifs frappèrent donc tous leurs ennemis à coups d’épée. Ce fut un massacre, une extermination, et ils firent ce qu’ils voulurent de leurs adversaires.
À la seule citadelle de Suse les Juifs mirent à mort et exterminèrent cinq cents hommes,
notamment Parshândata, Dalphôn, Aspata,
Porata, Adalya, Aridata,
Parmashta, Arisaï, Aridaï et Yezata,
10 les dix fils d’Aman, fils de Hamdata, le persécuteur des Juifs. Mais ils ne se livrèrent pas au pillage.
11 Le dénombrement des victimes égorgées à la citadelle de Suse parvint au roi le jour même.
12 Le roi dit à la reine Esther : « Dans la seule citadelle de Suse, les Juifs ont mis à mort et exterminé cinq cents hommes, ainsi que les dix fils d’Aman. Que n’auront-ils pas fait dans le reste des provinces royales ! Et maintenant, dis-moi ce que tu as à demander, c’est accordé d’avance ! Dis-moi ce que tu désires de plus, c’est chose faite ! » —
13 « Si tel est le bon plaisir du roi, répondit Esther, les Juifs de Suse ne pourraient-ils pas appliquer encore demain le décret porté pour aujourd’hui ? Quant aux dix fils d’Aman, qu’on suspende leurs cadavres au gibet ! »
14 Sur quoi, le roi en ayant donné l’ordre, le décret fut proclamé à Suse et les dix fils d’Aman pendus.
Lire la suite:Esther, Chapitre 9
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

5 m) Pas plus qu’il ne correspond aux vraisemblances historiques (voir l’Introduction.), le récit de ces massacres ne doit être compris comme exaltant ou consacrant l’esprit de vengeance. L’outrance même des situations, les chiffres exagérés à plaisir et l’emphase du récit dénoncent l’intention de l’auteur il a voulu avant tout illustrer le thème (très biblique) du retournement des situations en faveur des opprimés, et il le fait selon la mentalité ancienne qui anime les récits des guerres d’Israël, et qui s’exprime par la loi du talion.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

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