Seul Dieu lui-même pouvait répondre aux questions posées par Job. Mais, comme cela arrive souvent, l’homme devança Dieu, et avant Dieu Job dut écouter le discours passionné du jeune Élihu, qui jusque-là s’était tu par respect pour ses aînés (v. 4 – 5). Son ardeur venait de la colère: colère contre Job, qui, selon Élihu, se croyait plus juste que Dieu, et colère contre ses trois amis, qui, au grand dépit d’Élihu, ne savaient pas, à ce qu’il lui semblait, répondre convenablement à Job (v. 2 – 3). Mais Élihu n’est pas seulement jeune; il représente un type très marqué de charismatique religieux. Il oppose manifestement à la tradition établie, consacrée par les autorités et par une sagesse de longue date, ce «souffle du Tout-Puissant» qui donne à l’homme «l’intelligence», la vraie connaissance et la compréhension de la réalité (v. 6 – 8). Il accuse ses interlocuteurs plus âgés de n’avoir rien répondu à Job sur le fond, s’étant limités à invoquer des opinions traditionnelles et généralement admises qui, selon Élihu, se sont révélées insuffisantes ici (v. 11 – 13). Ce qui irrite le plus Élihu, c’est précisément que les amis de Job aient fini par se taire, laissant à Dieu le soin de réfuter les paroles de Job (v. 13).
Pourtant, cette décision s’explique par le fait que les amis de Job avaient réellement épuisé tous les arguments. Selon le témoignage de l’auteur du Livre de Job, ils cessèrent de contredire Job justement parce qu’il était «juste à ses propres yeux» (v. 1). Une telle position rend vraiment inutile toute discussion ultérieure, que l’homme ait réellement raison ou non. Dans ce cas, seul Dieu peut convaincre l’homme s’il s’égare, ou confirmer sa justice s’il a malgré tout raison. Mais c’est justement cela qui ne convient pas à Élihu; il pense apparemment que les amis de Job ne lui ont pas dit tout ce qu’ils auraient pu lui dire, par égard pour lui parce qu’il est leur ami et parce qu’il souffre (v. 14 – 15). Élihu, lui, dit directement qu’il n’a pas l’intention de flatter ni de faire semblant, qu’il dira tout et ne s’arrêtera pas lorsqu’il s’agit de vérité (v. 21 – 22). De telles déclarations engagent, mais Élihu ne semble pas avoir peur, précisément parce qu’il est charismatique: il ne peut pas se taire; les paroles dont Élihu lui-même est sûr qu’elles viennent de Dieu le pressent de l’intérieur (v. 19). Il se sentira soulagé s’il parle (v. 20).
Un tel état laisse naturellement peu de place pour entendre l’interlocuteur. D’ailleurs, le désir de parler force parfois même Dieu à se taire; pour être entendu, Lui aussi a besoin de silence, non pas tant extérieur qu’intérieur. Quoi qu’il en soit, avant d’entendre Dieu lui-même, Job devra écouter l’un de Ses défenseurs ardents, quoique peut-être non sollicités, qui s’est si soudainement introduit dans la conversation.
