Qu’est-ce donc, au juste, que cette question de Thomas ? De la méfiance ? Le désir de tout voir de ses propres yeux ? Ou une sorte de prudence partant du fait que la vie spirituelle ne peut pas se construire sur l’expérience d’autrui, même si elle est liée à des personnes auxquelles on fait entièrement confiance ? Et que signifient, dans un tel contexte, les paroles...
Qu’est-ce donc, au juste, que cette question de Thomas ? De la méfiance ? Le désir de tout voir de ses propres yeux ? Ou une sorte de prudence partant du fait que la vie spirituelle ne peut pas se construire sur l’expérience d’autrui, même si elle est liée à des personnes auxquelles on fait entièrement confiance ? Et que signifient, dans un tel contexte, les paroles de Jésus sur ceux qui ont cru sans voir ce que Thomas a vu ?
Bien sûr, le plus simple serait de s’arrêter à la version de la méfiance, comme beaucoup le font : la foi de Thomas, dit-on, s’est révélée la plus faible, il lui a fallu des preuves, mais Jésus se réjouit de toute foi et permet donc à Thomas de se convaincre de Sa réalité de la manière qui lui paraît adéquate.
Mais tout est-il si simple ? Car lorsqu’il s’agit de la vie spirituelle, nous ne pouvons réellement nous appuyer que sur notre propre expérience. La vie spirituelle, comme la vie en général, est propre à chacun, et si remarquable que soit l’expérience de la vie d’autrui, elle ne pourra pas remplacer la nôtre. Cela vaut pleinement pour la vie spirituelle. Et Thomas, en refusant de croire les autres apôtres sur parole, part sans doute précisément de là. Il veut voir et vivre lui-même ce que les autres ont vu, sans s’appuyer seulement sur leurs récits.
Mais que veut donc dire Jésus ? A-t-Il en vue les autres apôtres ? À peine : car tous, à ce moment-là, L’avaient déjà vu, et il n’était donné qu’à Thomas de croire les autres sur parole. De qui donc parle le Sauveur ? De ceux qui croiront plus tard ? Mais on ne devient chrétien au sens véritable qu’en vivant cette rencontre personnelle avec le Ressuscité, sans laquelle on ne peut parler du christianisme que de manière conditionnelle. Comment donc peut-on croire « sans voir » ? Manifestement, seulement par le témoignage de ceux qui, par leur témoignage, manifestent la vie du Royaume apporté dans le monde par Jésus. Un tel témoignage peut devenir le commencement du chemin spirituel, bien sûr, si celui qui l’a commencé est conséquent, la rencontre personnelle avec Jésus ressuscité aura lieu tôt ou tard dans sa vie.
Et Jésus comprend évidemment que l’Église ne demeure Église que tant qu’elle est capable d’un tel témoignage. Et Il appelle bienheureux ceux qui auront à entrer dans cette Église authentique.