La lecture d'aujourd'hui est entièrement consacrée à la dénonciation du peuple de Dieu et à l'avertissement du jugement qui l'attend (v. 1). Il semblerait qu'il n'y ait ici rien qui distingue le jugement de Dieu du jugement humain: le peuple est coupable, les preuves de sa faute sont manifestes, et vient le jour où Dieu, en tant que Juge suprême, prononcera sa sentence. Et pourtant, dans ce jugement de Dieu, il y a quelque chose de tout à fait incompréhensible et impensable du point de vue des représentations humaines de la justice.
Il s'avère que le jugement de Dieu ne peut pas s'accomplir tant que le peuple n'a pas reconnu sa faute. Le Seigneur le quitte et s'en va afin d'attendre cette reconnaissance (v. 15). Il est supposé qu'elle sera accompagnée d'un retour vers Dieu, avec une demande à la fois de jugement et d'aide. Du point de vue humain, une telle approche paraît assez étrange: car un tribunal terrestre existe avant tout pour déterminer la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. Ici, il apparaît que Dieu voit sa tâche de Juge seulement dans la détermination de la mesure du châtiment pour ceux qui reconnaissent eux-mêmes leur faute, ainsi que dans l'aide donnée au coupable pour qu'il puisse se libérer du péché qui l'a conduit au crime.
Quant à la détermination de la culpabilité, le jugement de Dieu comme tel n'est ici nullement nécessaire. Les malheurs mêmes qui frappent le peuple en témoignent éloquemment (v. 9-12), et c'est justement en eux que le prophète voit le châtiment de Dieu. Cependant ces malheurs ne produisent pas l'effet voulu sur la conscience de ceux qui sont punis: le peuple ne les perçoit pas comme un châtiment venant de Dieu et, cherchant à s'en sauver, il se tourne vers tous sauf vers Celui qui pourrait réellement l'aider (v. 13-14).
Il en résulte un paradoxe: on ne peut être délivré du châtiment de Dieu qu'en se tournant vers Dieu et en lui demandant le jugement! À première vue, un tel tournant des événements paraît tout à fait incompréhensible. Mais si le jugement n'est rien d'autre que le moment de la rencontre face à face avec Dieu, comme cela avait déjà été révélé à Amos, beaucoup de choses se mettent ici en place. Car il devient alors évident que le véritable châtiment n'est pas l'action de Dieu, mais au contraire son inaction, qui laisse l'homme seul avec ses péchés et leurs conséquences.
Bien sûr, la non-intervention de Dieu dans les événements peut aussi, en un certain sens, être considérée comme un châtiment, mais seulement en un certain sens: car Dieu n'intervient pas dans la situation et, par conséquent, rien de ce qui arrive alors à l'homme ne peut être considéré comme la conséquence de sa volonté. Les théologiens appellent cela une « permission »: un état dans lequel Dieu ne veut pas le mal et ne le fait pas, mais ne l'empêche pas non plus de se produire, laissant à l'homme la liberté d'agir. Il ne reste alors à l'homme qu'à récolter les fruits du mal qu'il a semé. Et seul Dieu, en intervenant de nouveau dans la situation, peut délivrer l'homme de ce sort.
