Pourquoi, si je ne vis pas en paix avec mes proches, serais-je indigne de me présenter devant le Seigneur? La paix de l'âme est-elle donc accessible dans ce monde agité et passionné? N'y a-t-il pas des prières pour les ennemis, et donc les ennemis eux-mêmes? Tout le Psautier n'est-il pas rempli de malédictions contre les impies (« que la mort vienne sur eux », « Mais toi, Dieu, tu les feras descendre dans le puits de la corruption », « heureux celui qui saisira tes petits enfants et les brisera », et d'autres encore)? Et le Sauveur lui-même dit: « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (Mt 10:34). Comment concilier tout cela, la paix et le glaive?
Dans notre usage orthodoxe contemporain, qui à bien des égards n'a pas évité, et ne pouvait pas éviter, l'influence de la vision soviétique du monde, laquelle avait un besoin aigu de l'image de l'ennemi et s'écroulait tout simplement sans elle, beaucoup s'emparent de ce dualisme par le bout qui leur convient. Mais tout véritable dualisme est sans confusion et sans division. D'ailleurs, pourquoi parler ici de l'époque soviétique? Une telle chose est vieille comme le monde. Il suffit de rappeler la chasse aux sorcières et l'Inquisition dans son ensemble, ou les persécutions des Juifs à toutes les époques. Serge Averintsev écrivait à ce sujet:
De tout mon cœur mortel
consentant à la corruption, je pardonne à ceux qui m'ont offensé
Mais qui donc m'a offensé
Cette femme qui s'imaginait s'imaginer
Qu'elle tremblait au son de ma voix
…………
Cet homme qui s'imaginait s'imaginer
qu'il foulait mon visage aux pieds
…………
Dieu, console de ta tendresse ceux qui m'ont offensé
Je ne sais pas, toi tu sais qui ils sont
(« Vers spirituels / Perplexité »)
C'est seulement ainsi qu'il est possible de comprendre, seulement ainsi qu'il est possible d'éviter ce qu'il y a de plus terrible dans ce qui s'oppose à Dieu: la haine, même lorsqu'elle se couvre d'une juste colère. « Tu sais », et « je ne sais pas ».
