En poursuivant son propos sur la Résurrection, Paul relie la résurrection universelle à la fin des temps à la résurrection du Sauveur Lui-même. Il dit : comment pouvez-vous affirmer qu'il n'y aura pas de résurrection des morts, alors que vous avez sous les yeux un exemple visible qui confirme le contraire, la résurrection du Sauveur Lui-même (v. 12-16) ?
Au premier abord, de tels doutes dans le milieu chrétien peuvent paraître tout à fait impossibles. Mais si l'on suppose qu'il y avait dans l'Église de Corinthe beaucoup d'anciens païens récemment convertis au Christ, la situation devient plus compréhensible. Le fait est que, dans le monde païen, les représentations de l'immortalité de l'âme étaient beaucoup plus répandues que celles de la résurrection. À l'époque de Paul, la plupart des païens religieux croyaient à une vie après la mort, mais l'au-delà n'était plus associé pour eux au monde des ombres, où tous arrivent indépendamment de la manière dont ils ont vécu sur terre, mais à l'immortalité de l'âme, dans laquelle la personne se conserve entièrement ou presque entièrement, de sorte que l'âme après la mort peut éprouver jouissance ou souffrance selon la vie menée par son possesseur dans le monde des vivants.
Or la Bible ne dit rien, ou presque rien, d'un tel au-delà, pas plus que de l'immortalité de l'âme ; elle concentre toute son attention sur le Jugement et sur la résurrection universelle à la fin des temps. Mais l'apôtre n'attire pas l'attention de ses lecteurs sur cette divergence. Il parle d'autre chose : renoncer aux représentations juives traditionnelles du Jugement et de la résurrection universelle, les remplacer par une doctrine païenne de l'immortalité de l'âme, signifie aussi renoncer au Royaume apporté dans le monde par le Sauveur (v. 17). Si l'immortalité de l'âme suffit, si les païens ont raison, alors le monde restera pour toujours tel qu'il est, et ceux qui cherchent une vie meilleure et une justice supérieure recevront ce qu'ils désirent à leur tour, après la mort. Alors il n'y a pas de Royaume, et il n'en faut pas. Mais ce n'est déjà plus le christianisme. Car Jésus est venu dans le monde pour donner à ceux qui cherchent le Royaume dans toute sa plénitude, et non quelque béatitude d'outre-tombe qui deviendrait un refuge éternel pour une âme fuyant le monde. Et si l'on ne vit pas dans le Royaume et si on ne le cherche pas, cela n'a pas de sens de suivre le Christ. Il ne donnera à ceux qui Le suivent rien qui puisse les rendre heureux dans les limites de notre monde non transfiguré et gisant dans le mal (v. 18-19). Il ne peut donner aux fidèles que le Royaume. Et seulement dans toute sa plénitude. Et non pas un jour après la mort, mais ici et maintenant.
