Dans l'Évangile, il arrive assez souvent que Jésus parle par allusions que ses auditeurs ne comprennent pas du tout, ou comprennent de travers. Un malentendu naît, que pourtant Jésus ne dissipe pas. Ou plutôt, il le dissipe, mais d'une manière assez particulière: au lieu d'une réponse directe, il propose une nouvelle allusion.
Finalement, ceux qui l'écoutent demeurent dans une perplexité complète et arrivent à des conclusions très éloignées de celles que Jésus, comme il apparaît, attendait d'eux. Qu'est-ce donc: une mystification volontaire? Peu probable: Jésus n'a jamais été un mystificateur. Ou bien s'agit-il de ce qu'on appelle parfois le secret messianique, le fait de sa messianité qu'il a soigneusement caché jusqu'au moment voulu? C'est possible: lorsque la question de sa messianité se posait, Jésus ne donnait pas de réponse directe; elle ne retentit pas avant l'entrée du Seigneur à Jérusalem.
Mais il ne s'agit guère seulement du secret messianique; les particularités de la nature humaine sont aussi importantes. Ce n'est pas un hasard si, dans la culture de l'Orient, et à une certaine période aussi dans celle de l'Occident, la parabole, l'allusion, le non-dit ont joué un si grand rôle. On estimait qu'il valait mieux suggérer la réponse et donner aux lecteurs ou aux auditeurs la possibilité de la trouver eux-mêmes, plutôt que de tout donner sous forme prête. Et il ne s'agit pas seulement du fait qu'une solution trouvée par soi-même se retient mieux. L'état dans lequel se trouve l'homme qui cherche joue aussi un rôle immense. Cet état suppose le refus de tous les clichés prêts et habituels, sinon toujours leur destruction complète, du moins toujours un refus.
Le paradoxe se construit toujours sur la possibilité de voir du neuf dans ce qui est bien connu, en le regardant sous un angle inattendu. Or la capacité d'un tel regard est liée à l'ouverture fondamentale de l'homme. Et pas seulement intellectuelle, car une ouverture uniquement intellectuelle sans ouverture spirituelle n'existe habituellement pas: c'est précisément l'ouverture spirituelle qui est nécessaire à une vie pleinement humaine, surtout à la vie du Royaume. Et Jésus prépare ses auditeurs à cette vie par sa parole même, car la parole est elle aussi un instrument du Royaume.
