La lecture d'aujourd'hui nous permet de voir plus clairement l'influence qu'exerce la religiosité sur l'âme et la conscience de l'homme. Le récit commence par la mention de la fête de Soukkot, la fête des Tentes, à laquelle les frères de Jésus se préparent à monter à Jérusalem (v. 2-3). Soukkot était l'une des quatre grandes fêtes de l'année religieuse juive, et l'on attendait comme d'habitude à Jérusalem une grande affluence de pèlerins. Il n'est pas étonnant que les frères de Jésus, qui ne croyaient pas en sa messianité, aient voulu qu'il se proclame publiquement Messie pendant la fête et donne les preuves que son entourage lui avait déjà demandées plus d'une fois (v. 3-5). De toute évidence, ils s'attendaient à voir le Messie tel que se le représentaient la plupart des Juifs croyants des temps évangéliques: un Messie-roi proclamant un État juif indépendant et chassant les Romains. Il n'est pas étonnant que Jésus refuse une telle démonstration (v. 6-8); il vient pourtant à Jérusalem, mais en secret, en s'efforçant de ne pas attirer l'attention sur lui (v. 9-10).
Dans la ville, pendant ce temps, les bruits les plus divers courent à son sujet: les uns le tiennent pour un homme de Dieu, les autres pour un imposteur (v. 11-12). Mais tous regardent avec crainte du côté de ceux que l'évangéliste appelle « les Juifs », désignant manifestement les chefs spirituels de la Synagogue et du mouvement pharisien (v. 13). Jésus, lui, parle de nouveau aux personnes rassemblées dans le parvis du Temple de l'essentiel: de sa mission (v. 14-18). Et aussi du véritable sens du sabbat, dont le sens avait depuis longtemps été perdu derrière de nombreuses prescriptions rituelles (v. 19-24). Alors certains des présents reconnaissent dans celui qui parle celui qu'on avait déjà accusé de violer la loi du sabbat, violation punie de mort. Mais peut-être a-t-il raison? Car personne, semble-t-il, ne va lui appliquer de sanctions. Pourtant il ne peut pas être le Messie, puisque le Messie doit apparaître d'une tout autre manière (v. 25-27)?
Nous avons ici devant nous, comme dans le creux de la main, toutes les questions que la religion fait naître dans la conscience de l'homme qui se trouve face au Christ et au Royaume qu'il a apporté dans le monde. Personne n'a jamais accompli de tels miracles que lui, et sans doute personne n'en accomplira (v. 31), mais... pourquoi est-il venu autrement que ne le dit de lui la tradition religieuse? Et pourquoi les chefs religieux ne l'acceptent-ils pas? Où est la vérité: dans la religion qui le rejette, ou dans cette réalité évidente du Royaume qui témoigne de lui si vivement? Chacun répondait pour soi à cette question, et de cette réponse dépendait l'acceptation ou le rejet du Sauveur et du Royaume qu'il a apporté dans le monde.
