Comme vous, l'explication que vous citez nous semble également étrange. L'apôtre Paul, pour autant qu'on puisse le comprendre, parle de ceci : celui qui s'attache à la prostituée devient un seul corps avec elle...
Comme vous, l'explication que vous citez nous semble également étrange. L'apôtre Paul, pour autant qu'on puisse le comprendre, parle de ceci : celui qui s'attache à la prostituée devient un seul corps avec elle. Au contraire, écrit l'apôtre, celui qui s'attache au Seigneur est avec lui un seul esprit. L'apôtre utilise dans les deux cas le verbe kollao, qui signifie littéralement « coller, lier, s'attacher ». Il fait référence à l'image transmise dans le livre de la Genèse par les mots : « l'homme s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair ». C'est de là que vient le verbe « s'attacher ».
Tout comme les mots « deviendront une seule chair » n'impliquent pas de fusion, la métaphore audacieuse de l'apôtre dans le second cas n'implique pas de fusion de l'esprit de l'homme avec Dieu. Au contraire, l'apôtre reste fidèle à la tradition de l'Ancien Testament, qui utilise le mariage comme image de la relation avec Dieu, où s'opère une unité essentielle, un lien des plus étroits, tout en préservant la distinction des personnes ; les personnes ne se fondent pas en une seule, mais sont indissolublement unies. Dans l'union des personnes « en un seul esprit avec le Seigneur », il n'y a pas non plus de fusion, la différence essentielle des individualités demeure, mais l'étroitesse de cette union est telle qu'il est impossible d'imaginer l'un sans l'Autre.
Il s'agit donc de ce que la théologie du premier millénaire (la théologie dite patristique) a appelé du terme de « théosis » (divinisation). Le Seigneur Jésus-Christ en a parlé : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous ». C'est l'entrée des hommes dans le mystère de l'amour de la Trinité, un amour qui surmonte la différence et unit sans détruire la liberté et l'individualité. De la même manière que le Père et le Fils sont un, l'homme qui s'attache au Seigneur peut être un avec Dieu et avec les autres hommes. À proprement parler, cette unité sans fusion est paradoxale ; la pensée humaine n'en connaît pas d'exemples en dehors de la Trinité. Et cette union avec Dieu est justement le but ultime de notre vie.
Ainsi, l'apôtre Paul parle d'une manière quelque peu inhabituelle de l'alliance (l'union) avec Dieu, à laquelle l'homme est appelé.
12 t) Cette phrase résume toute la morale paulinienne il ne s’agit plus de savoir ce qui est permis et ce qui est défendu, mais de déterminer ce qui favorise ou compromet la croissance de l’homme nouveau régénéré dans le Christ. Cf. Rm 6.15.
13 u) Ce sont les Corinthiens qui parlent.
13 v) Paul combat une opinion selon laquelle il n’y a aucune différence entre les besoins alimentaires et la vie sexuelle. Il répond les premiers sont liés au monde présent et disparaîtront avec lui (v. 13) ; mais, cf. 10.31, la vie sexuelle engage l’appartenance au Christ et doit être celle qui convient à un membre du Christ, vv. 15-17, cf. Ep 5.21-33.
14 w) La Résurrection prouve l’importance du corps, qui n’est pas niée par la mort.
17 x) On attendrait un seul corps. Paul veut éviter que le réalisme physique de l’union au Christ (v. 15) soit compris de façon trop grossière.
18 y) Pour ceux qui, à Corinthe, n’attribuaient au corps aucune valeur permanente, 6.13, aucune action corporelle n’avait d’incidence morale. Le péché n’était possible qu’à un niveau de motivation et d’intention spirituelles.
18 z) La finalité sexuelle du corps est de permettre que deux êtres n’en fassent plus qu’un, 6.16.
19 a) Cf. 3.16 ; Jn 2.21 ; Ap 21.22.
20 b) Littéralement « Vous avez été rachetés pour un prix. » Cf. Rm 3.24.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.