Les chrétiens, de tout temps, ont aimé raisonner sur ce qu'ils appellent « l'enseignement de l'Église ». Et de tout temps il s'est trouvé des gens qui cherchaient à rendre cet enseignement unique, complet et univoque. Tel qu'on puisse y trouver facilement la réponse à toute question surgissant, et une réponse parfaitement claire, ne permettant aucune interprétation ambiguë. Tel que plus personne n'ait le moindre doute. Mais, à en juger par les paroles de Pierre, dans cette Église que la Sainte Écriture elle-même nous propose comme modèle, il n'en était nullement ainsi. Il n'y avait en elle aucune unanimité totale, aucune univocité. Même les apôtres eux-mêmes ne se comprenaient pas toujours et pas en tout.
Pour Pierre, certains passages des lettres de Paul étaient, manifestement, assez peu compréhensibles. Rien d'étonnant : Paul, qui avait reçu une véritable formation rabbinique, pensait parfois avec des images et des notions peu habituelles au simple pêcheur qu'était Pierre. Pourtant cela ne trouble pas Pierre lui-même. Il sait que, sur certaines choses, Paul et lui comprennent différemment, mais que, dans l'essentiel, ils sont unis. Si l'Église avait été encore une nouvelle organisation ou communauté religieuse, tout n'aurait pas été aussi simple. Pour une organisation religieuse, même si elle est un mouvement relativement petit, les questions de doctrine sont toujours fondamentales. Car ce sont elles qui déterminent la vie de cette organisation, y compris sa vie spirituelle.
Mais le christianisme n'est pas une nouvelle religion, c'est une vie nouvelle. La vie ne peut être réglementée par des prescriptions, des normes, des règles, des théories fixées d'avance. Le Sauveur Lui-même refuse une telle réglementation : l'unique chose qui, selon Son dessein, devait unir Ses disciples était l'amour les uns pour les autres et l'union avec Lui-même. Tout le reste était laissé au discernement de l'Église elle-même. Seuls ceux qui vivent peuvent décider quelles formes doit prendre leur vie, comment elle se déroulera dans les conditions concrètes où ils devront vivre. C'est pourquoi l'Église, aux premiers temps chrétiens, n'a connu aucun enseignement unique : elle n'en avait pas besoin. Le Christ lui suffisait.
Bien sûr, il a toujours pu se trouver des gens qui auraient préféré se livrer à toutes sortes d'exercices intellectuels à propos de tel ou tel texte lu dans le milieu chrétien. Celui qui cherche dans les lettres de Paul un témoignage y trouve un témoignage ; celui qui cherche des occasions de discuter et d'exercer son intelligence y trouve de telles occasions. Il en a été ainsi à toutes les époques de l'histoire de l'Église ; de tels gens trouveront toujours de quoi nourrir leurs exercices. Un enseignement unique n'en sauve pas. En revanche, il peut créer une illusion de vie là où il n'y en a pas. L'homme a généralement tendance à compenser l'absence de vie authentique par des discours à son sujet. Mais aucun discours, aucune théorie ni aucun concept ne nous rapproche du Royaume. Pierre comme Paul le comprennent parfaitement.
