Que signifient les paroles de l’apôtre: «être pieux et content»? Content de quoi? De sa propre piété? Des autres? De tout ce qui existe? Et qu’est-ce donc, au fond, que la piété? Le mot grec correspondant, tout comme le mot hébreu qu’il suppose, signifie d’abord...
Que signifient les paroles de l’apôtre: «être pieux et content»? Content de quoi? De sa propre piété? Des autres? De tout ce qui existe? Et qu’est-ce donc, au fond, que la piété? Le mot grec correspondant, tout comme le mot hébreu qu’il suppose, signifie d’abord ce que nous appelons parfois la crainte de Dieu.
Bien sûr, on peut craindre Dieu pour des raisons différentes. Beaucoup Le craignent seulement par peur du châtiment, dans cette vie ou après la mort. Le mot grec correspondant suppose plutôt ce que nous appellerions aujourd’hui un saint tremblement, ce tremblement que provoque non la peur du châtiment, mais la présence de Quelqu’un d’infiniment plus grand et meilleur que n’importe quel homme, même le plus admirable, et qui en outre nous aime comme aucun être humain ne nous aime, alors même que nous ne méritons pas du tout un tel amour, ce qui devient particulièrement évident en présence de Dieu.
Ce n’est pas un hasard si au mot grec traduit par «piété» correspond un mot hébreu lié, par le sens, à la notion d’amour miséricordieux, un amour toujours prêt à faire pour l’homme plus qu’il ne mérite. Sans cet amour de Dieu pour l’homme, personne parmi nous n’aurait d’espérance de salut; et sans notre amour en retour pour Lui, le Royaume nous serait fermé à jamais.
Une telle piété, inséparable de l’amour et du saint tremblement, peut être considérée comme le fondement de la vie spirituelle. Mais rien de semblable ne pourra être acquis ni gardé par aucun homme si sa vie est accompagnée d’un mécontentement permanent. Le mot grec correspondant signifie «autosuffisance».
Il ne s’agit pas de cette autosuffisance où l’homme n’aurait besoin de personne sauf de «lui-même, son bien-aimé»: ni de Dieu ni des hommes. Il s’agit de la capacité de se contenter de ce que l’on a sans lui accorder une importance particulière, de ce que l’apôtre, dans une autre lettre, a exprimé par les mots: «je sais vivre dans l’abondance, je sais aussi vivre dans la pauvreté».
Cette aptitude, même avant la venue du Christ dans le monde, était considérée comme une condition nécessaire de la vie juste; autrement, la justice de l’homme aurait dépendu de sa situation matérielle. Pour la vie chrétienne, c’était d’autant plus nécessaire: ici, en toute circonstance et dans toute situation, le Royaume devait être à la première place, puis seulement tout le reste. Ainsi l’apôtre décrit en deux mots tout ce qui est nécessaire à la vie chrétienne et au salut.