La rencontre de Pierre avec Corneille fut un événement marquant. Marquant avant tout du point de vue de l’histoire de l’Église : il s’agit de la première expérience du Royaume vécue par un homme qui n’avait aucun lien avec le peuple juif...
La rencontre de Pierre avec Corneille fut un événement marquant. Marquant avant tout du point de vue de l’histoire de l’Église : il s’agit de la première expérience du Royaume vécue par un homme qui n’avait aucun lien avec le peuple juif. On pourrait bien sûr se rappeler aussi l’eunuque éthiopien, mais rien n’est dit de son expérience au moment du baptême. Ici, en revanche, l’auteur sacré décrit en substance une nouvelle Pentecôte à l’échelle locale, liée à la maison de Corneille. Il serait toutefois plus juste d’appeler cet événement une continuation de la Pentecôte, qui toucha cette fois des hommes fidèles au Dieu d’Israël, mais sans aucun lien avec le peuple juif. Pierre y voit l’accomplissement de ce dont avaient parlé les anciens prophètes.
Avant même l’exil à Babylone, il leur avait été révélé qu’avec la venue du Messie, Dieu deviendrait le Dieu non seulement des Juifs, mais aussi des païens en quête de vérité, quel que soit leur peuple. Ce temps était désormais venu, mais pas tout à fait comme beaucoup de Juifs croyants l’avaient imaginé. À cette époque, la plupart des Juifs, même chrétiens, étaient convaincus que celui qui cherchait le Messie et le Royaume devait d’abord devenir juif en embrassant le judaïsme. L’identité juive était alors un phénomène ethnoconfessionnel, et quiconque embrassait pleinement le judaïsme était considéré comme juif. Ce n’est qu’ensuite, une fois devenu juif, que l’homme pouvait espérer davantage. En réalité, les choses se révélèrent différentes.
Dieu indiqua clairement à Pierre qu’il n’existe pour Lui aucune barrière infranchissable entre un Juif et le représentant de n’importe quel autre peuple, pourvu qu’il s’agisse de quelqu’un qui cherche le Royaume. Le judaïsme n’est qu’un moyen, non une fin. Il est nécessaire comme forme dont se revêt la Révélation. Mais cette forme n’est pas absolue, et il peut très bien arriver que des païens récemment convertis trouvent le Messie et entrent dans le Royaume sans s’identifier à elle d’aucune manière.
C’est ce qui arriva à Corneille. Il n’embrassa pas le judaïsme et ne devint pas juif, mais le souffle du Royaume descendit sur lui, et il entra dans le Royaume. Il ne restait que le baptême, car pour devenir habitant du Royaume, il faut se séparer de sa vie passée, ce qui est impossible sans baptême. Mais Dieu ne demanda rien de plus à Corneille ni aux siens. La fidélité à Dieu et au Christ se révéla suffisante. Cela se comprend : le Royaume n’est pas fondé sur la religion, mais sur cette fidélité.