Le prophète Malachie vivait au milieu du Ve siècle avant Jésus-Christ et appartenait à la dernière génération des prophètes écrivains. L'histoire n'a pas...
Le prophète Malachie vivait au milieu du Ve siècle avant Jésus-Christ et appartenait à la dernière génération des prophètes écrivains. L'histoire ne nous a conservé aucun détail sur sa vie ni sur sa personnalité ; peut-être même son nom est-il un pseudonyme reflétant son ministère. Il signifie « messager, héraut ». Le prophète vivait à une époque difficile : après l'enthousiasme des premières années du retour de Babylone, le peuple de Dieu s'enfonçait de plus en plus dans l'indifférence. Ni la foi, ni le culte de Dieu, ni même la dignité nationale n'intéressaient les gens : rien, hormis leur propre bien-être. Privé d'indépendance politique et épargné par les bouleversements historiques, le peuple oubliait peu à peu sa haute vocation. Tout cela se reflète avec force dans la prédication du prophète Malachie. Il parle avec une amertume particulière du mépris pour le Temple, pour la vénération de Dieu et pour l'observance de Sa loi : il n'est pas exclu qu'il ait lui-même appartenu au sacerdoce.
Dès les premiers mots du livre du prophète Malachie, nous sommes plongés dans l'atmosphère pesante de ces années. Les gens sont mécontents de leur situation, et les cœurs comme les esprits sont accablés de murmures. Où est la grandeur du peuple élu ? Où est la domination que le Messie promis devait étendre à toutes les nations ? Au lieu de cela, il n'y a même plus à Jérusalem de gouverneur représentant le roi de Perse, et la Judée, province de peu d'importance, est soumise au gouverneur de Samarie, peuplée d'apostats. Ni grandeur, ni prospérité, ni autorité auprès des voisins : tous les espoirs de renouveau qui avaient nourri les Juifs revenus de captivité sont tombés en poussière. À la place, ils sont condamnés à un dur labeur pour assurer tant bien que mal leur subsistance. La culture des peuples païens commence à leur paraître le comble du bien-être, tandis que la foi austère de leurs pères semble, en comparaison, une survivance du passé. « En quoi nous as-Tu montré Ton amour ? » demandent-ils à Dieu, question cruelle et injuste.
Nous devenons nous-mêmes, en partie, témoins de la naissance de ces murmures. Oui, disent les contemporains de Malachie, nous jouissons d'une certaine liberté, assez illusoire, mais la prospérité désirée n'est pas venue d'elle-même, d'un geste du Tout-Puissant. Vivre libre s'est révélé difficile, en tout cas pas plus facile que vivre en captivité. Et l'amour que Dieu a manifesté en libérant le peuple de la captivité et en rétablissant Jérusalem commence à sembler n'être que paroles creuses. La vie réelle est dure, sans joie et bien loin de la grandeur ; cette amère prise de conscience imprègne progressivement les écrits des sages d'Israël qui naissent à cette époque. Peu avant le livre du prophète Malachie apparaît le livre de Jonas, qui montre avec éclat combien la justice de Dieu et les conceptions humaines de la justice sont sans commune mesure. Quelques décennies plus tard naissent les livres de Job et de l'Ecclésiaste, où une espérance désespérée ne brillera que par miracle à travers une tristesse inépuisable. Mais, dans la plupart des âmes, la question douloureuse « Où sont Ton amour et Ta justice ? », par laquelle les cœurs du prophète Habacuc et de l'auteur du livre de Job s'élancent vers Dieu, cède la place à une plainte terrible et sans vie : « Est-ce donc cela, l'amour ? »
Par le prophète Malachie, Dieu répond et dit que tout tient à l'attitude du peuple élu envers Lui. L'amour de Dieu se manifeste dans le fait même de l'élection, dans le fait que le Tout-Puissant a donné Sa loi à ce peuple précisément. Le prophète cite la question des Juifs, « En quoi nous as-Tu montré Ton amour ? », et y répond par la question que Dieu leur renvoie : « Ésaü n'est-il pas le frère de Jacob ? » Israël n'a rien fait pour mériter l'amour de Dieu, et pourtant Dieu reste fidèle à Son élu : c'est là que Malachie voit la manifestation de l'amour. « Vous seuls, Je vous ai appelés parmi tous les peuples », disait Dieu par le prophète Amos ; l'amour de Dieu se manifeste non dans les bienfaits, mais dans l'Amour même. Les hommes ont du mal à l'accepter, car cela exige de l'amour en retour. Si le peuple n'oppose qu'une froide indifférence, même le salut et la liberté ne seront pas pour lui des manifestations d'amour suffisantes ; aux indifférents, il faut quelque chose de plus tangible, fût-ce passager.
Malachie aborde ce dont personne ne veut parler ; avec une franchise étonnante, il transmet des paroles de reproche accablantes. Israël est mécontent de la « qualité » de l'amour du Créateur, mais il Le traite lui-même avec un mépris manifeste. « Si Je suis père, où est l'honneur qui M'est dû ? Et si Je suis Seigneur, où est la révérence envers Moi ? » dit le Seigneur. L'attitude envers Dieu à cette époque peut se résumer par le proverbe russe : « Tiens, mon Dieu, prends ce qui ne nous vaut rien » : on ne sacrifie à Dieu que ce qu'il y a de pire, puisqu'il faut bien offrir quelque chose. « Offre cela à ton gouverneur ; sera-t-il content de toi ? » demande le Seigneur aux prêtres d'Israël. Le problème n'est donc pas que Dieu aime trop peu Son peuple. Au contraire, Israël a désappris à aimer et à honorer Dieu, et c'est pourquoi il ne remarque pas l'amour du Créateur. Et puisque la vérité du Seigneur demeure à jamais, comme le dit le psalmiste (Ps 111:3 ; 110:3 dans la numérotation russe), le mépris de Dieu devient pour les hommes une source de malédiction. Le Seigneur mesure le culte négligent des Juifs non à celui de leurs contemporains païens, qui honorent les idoles, mais au Royaume à venir, où toutes les nations glorifieront le nom de Dieu. Car, à la différence des païens, Israël a reçu de Dieu la révélation de Son nom et de Sa justice.
Le livre dit de « Malachie » était probablement anonyme, car ce nom signifie « mon messager » et paraît être tiré de 3.1. Il se compose de six morceaux bâtis sur le même type : Yahvé, ou son prophète, lance une affirmation, qui est discutée par le peuple ou par les prêtres et qui est développée dans un discours où voisinent menaces et promesses de salut. Il y a deux grands thèmes : les fautes cultuelles des prêtres et aussi des fidèles, 1.6–2.9 et 3.6-12, le scandale des mariages mixtes et des divorces, 2.10-16. Le prophète annonce le Jour de Yahvé, qui purifiera les membres du sacerdoce, dévorera les méchants et assurera le triomphe des justes, 3.1-5, 13-21. Le passage 3.22-24 est ajouté, peut-être aussi 2 11-13.
Le contenu du livre permet de déterminer sa date : il est postérieur au rétablissement du culte dans le Temple rebâti, 515, et antérieur à l’interdiction des mariages mixtes sous Néhémie, 445, probablement assez proche de cette dernière date. L’élan qu’Aggée et Zacharie avaient donné est brisé et la communauté se laisse aller. En s’inspirant du Deutéronome, et aussi d’Ézéchiel, le prophète affirme qu’on ne se moque pas de Dieu, qui exige de son peuple religion intérieure et pureté. Il attend la venue de l’Ange de l’Alliance, préparée par un mystérieux envoyé, 3.1, dans lequel Mt 11.10, cf. Lc 7.27 et Mc 1.2, a reconnu Jean-Baptiste, le Précurseur. Cette ère messianique verra le rétablissement de l’ordre moral, 3.5, et de l’ordre cultuel, 3.4, culminant dans le sacrifice parfait offert à Dieu par toutes les nations, 1.11.