Qu'est-ce que la vie chrétienne ? La réponse à cette question dépend de la manière dont nous comprenons le christianisme lui-même. Que signifie au juste être chrétien ? Professer une certaine religion chrétienne ? Mais une telle religion n'existe pas. Jésus n'a laissé au monde aucune religion. Il n'a laissé qu'une petite communauté de Ses disciples, qu'Il a Lui-même associés à la vie du Royaume. Et Il leur a ordonné de poursuivre ce qui avait été commencé. Avec Son aide et Sa participation immédiate. Toutes les religions qui ont grandi sur un sol chrétien sont l'œuvre des hommes, et Paul le comprend parfaitement. C'est pourquoi il appelle ceux à qui il adresse sa lettre à ne pas se décourager en demeurant dans le bien. À en juger par le mot qu'emploie l'apôtre, il ne s'agit pas seulement de bonnes œuvres, de l'aide au prochain ou de quelque chose de semblable. Il s'agit précisément de demeurer dans le bien, dans le bon. L'expression hébraïque correspondante, aux temps évangéliques, signifiait suivre la Torah et demeurer sur le chemin de la justice. Paul oppose cet état à ce qu'il appelle l'agitation vaine, qui ne mène à rien d'utile. Certes, l'agitation est nuisible en toute affaire. Mais elle l'est particulièrement sur le chemin du chrétien, quelle que soit l'apparence extérieure de ce chemin. Car le christianisme n'est pas l'aptitude à faire ou à ne pas faire quelque chose. Le christianisme est l'aptitude à être. Être en union avec le Christ. Vivre d'une seule vie avec Lui, de la vie de ce Royaume qu'Il a apporté au monde. Et être cette porte par laquelle le souffle du Royaume entre dans ce monde, le transfigurant. Or l'agitation vaine est d'abord de l'activité. Très souvent même un activisme débridé. Et il ne s'agit pas seulement du fait que cette activité est souvent tout à fait dépourvue de sens. Il s'agit des accents. De l'accent mis sur le fait de faire quelque chose, et non sur le fait d'être. De la tentative de remplacer par l'activité son être véritable et son existence authentique. C'est toujours destructeur, mais surtout dans la vie religieuse : car la composante spirituelle de la vie religieuse est toujours exprimée beaucoup plus nettement que dans toute autre forme de vie. Et le christianisme, lui, n'est même pas une religion, mais simplement la vie spirituelle elle-même dans sa forme la plus pure, sans mélange. Tenter de substituer ici l'activité extérieure à l'être, c'est la fin du chemin. Même si, extérieurement, ce chemin peut comme se poursuivre, parfois même assez longtemps. L'activité est toujours visible, elle saute aux yeux, et plus elle est grande, plus la vie chrétienne d'un tel activiste paraît profonde à certains observateurs. Ceux qui cherchent la profondeur spirituelle peuvent se retrouver perdants : ils ne peuvent rivaliser, du point de vue de l'efficacité extérieure et religieuse, avec les activistes du christianisme. Mais l'apôtre appelle ces chrétiens extérieurement peu visibles par leur activité à ne pas désespérer et à ne pas perdre courage : car ils s'occupent de l'affaire la plus importante du chrétien. Ils apprennent à vivre dans le Royaume. Ce sans quoi il n'y a pas de christianisme. |
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