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La Bible en cinq ans pour le 23 octobre 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Esdras, Chapitre 7

II. L’organisation de la communauté> 1 Mission et personnalité d’Esdras., 11 Le firman d’Artaxerxès., 27 Voyage d’Esdras de Babylone en Palestine.
Après ces événements, sous le règne d’Artaxerxès, roi de Perse, Esdras, fils de Seraya, fils de Azarya, fils de Hilqiyya,
fils de Shallum, fils de Sadoq, fils d’Ahitub,
fils d’Amarya, fils de Azarya, fils de Merayot,
fils de Zerahya, fils de Uzzi, fils de Buqqi,
fils d’Abishua, fils de Pinhas, fils d’Éléazar, fils du grand prêtre Aaron,
cet Esdras monta de Babylone. C’était un scribe versé dans la Loi de Moïse, qu’avait donnée Yahvé, le Dieu d’Israël. Comme la main de Yahvé, son Dieu, était sur lui, le roi lui accorda tout ce qu’il demandait.
Un certain nombre d’Israélites, de prêtres, de lévites, de chantres, de portiers et de « donnés » montèrent à Jérusalem la septième année du roi Artaxerxès.
Il arriva à Jérusalem le cinquième mois : c’était la septième année du roi.
Il avait en effet fixé au premier jour du premier mois son départ de Babylone et c’est le premier jour du cinquième mois qu’il parvint à Jérusalem : la main bienveillante de son Dieu était sur lui !
10 Car Esdras avait appliqué son cœur à scruter la Loi de Yahvé, à la pratiquer et à enseigner, en Israël, les lois et les coutumes.
11 Voici la copie du document que le roi Artaxerxès remit à Esdras, le prêtre-scribe, savant interprète des commandements de Yahvé et de ses lois concernant Israël.
12 « Artaxerxès, le roi des rois, au prêtre Esdras, secrétaire de la Loi du Dieu du ciel, paix parfaite.Maintenant donc,
13 j’ai donné l’ordre que quiconque en mon royaume fait partie du peuple d’Israël, de ses prêtres ou de ses lévites et est volontaire pour aller à Jérusalem, peut partir avec toi,
14 puisque tu es envoyé par le roi et ses sept conseillers pour inspecter Juda et Jérusalem d’après la Loi de ton Dieu, que tu as en mains,
15 et pour porter l’argent et l’or que le roi et ses conseillers ont offerts par dévotion au Dieu d’Israël qui réside à Jérusalem,
16 ainsi que tout l’argent et l’or que tu auras reçus dans toute la province de Babylone, avec les offrandes de dévotion que le peuple et les prêtres auront faites pour le Temple de leur Dieu à Jérusalem.
17 Donc, avec cet argent tu auras soin d’acheter taureaux, béliers, agneaux, ainsi que les oblations et libations qui les accompagnent : tu en feras offrande sur l’autel du Temple de votre Dieu à Jérusalem ;
18 quant à l’argent et l’or qui resteront, vous les emploierez comme il vous semblera bon, à toi et à tes frères, en vous conformant à la volonté de votre Dieu.
19 Les ustensiles qu’on t’a remis pour le service du Temple de ton Dieu, dépose-les devant ton Dieu, à Jérusalem.
20 Ce qui serait encore nécessaire au Temple de ton Dieu et qu’il t’incomberait de lui procurer, tu le procureras du trésor royal.
21 C’est moi-même, le roi Artaxerxès, qui donne cet ordre à tous les trésoriers de Transeuphratène : « Tout ce que vous demandera le prêtre Esdras, secrétaire de la Loi du Dieu du ciel, qu’on y fasse ponctuellement droit
22 jusqu’à concurrence de cent talents d’argent, cent muids de blé, cent mesures de vin, cent mesures d’huile ; le sel sera fourni à volonté.
23 Tout ce qu’ordonne le Dieu du ciel doit être exécuté avec zèle pour le Temple du Dieu du ciel, de peur que la Colère ne se lève sur le royaume du roi et de ses fils.
24 On vous informe encore qu’il est interdit de percevoir impôt, contribution, ou droit de passage sur tous les prêtres, lévites, chantres, portiers, « donnés », bref sur les servants de cette maison de Dieu. »
25 Quant à toi, Esdras, en vertu de la sagesse de ton Dieu, que tu as en mains, établis des scribes et des juges qui exercent la justice pour tout le peuple de Transeuphratène, c’est-à-dire tous ceux qui connaissent la Loi de ton Dieu. Qui ne la connaît pas, vous devrez l’en instruire.
26 Quiconque n’observerait pas la Loi de ton Dieu — qui est la Loi du roi — , qu’une rigoureuse justice lui soit appliquée : mort, bannissement, amende ou emprisonnement. »
27 Béni soit Yahvé, le Dieu de nos pères, qui inspira ainsi au cœur du roi de glorifier le Temple de Yahvé à Jérusalem,
28 et qui tourna vers moi la faveur du roi, de ses conseillers et de tous les fonctionnaires royaux les plus puissants. Quant à moi, je pris courage, car la main de Yahvé mon Dieu était sur moi, et je rassemblai des chefs d’Israël, pour qu’ils partent avec moi.
Lire la suite:Esdras, Chapitre 8
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 l) Les vv. 1-11 sont du Chroniste qui utilise le rapport d’Esdras, voir Introduction.


5 m) La généalogie d’Esdras répond à la préoccupation des exilés de faire valoir les titres au sacerdoce, Esd 2.62 ; 8.2. Mais elle a sans doute été développée par le Chroniste sur la base de 1 Ch 5.28s.


6 n) Cf. Ps 45.2. Cette habileté dans l’art d’écrire faisait des scribes les fonctionnaires des cours orientales. Ainsi le titre de « scribe » désigne Esdras, aux vv. 11 et 21, comme une sorte de secrétaire pour les affaires juives à la cour perse. Mais le Chroniste a commenté ici le titre officiel d’après la conduite d’Esdras à Jérusalem, Ne 8.8 le scribe est celui qui lit, traduit et explique la Loi au peuple d’Israël. Esdras inaugure ce genre d’activité, qui sera si fécond après l’Exil et dont les scribes (grammateis ) du temps du Christ seront les continuateurs.


11 o) Trois choses sont à noter dans le firman a) la permission de s’établir en Juda pour les Juifs qui vivent en Babylonie, v. 13 ; b) la promotion de la Loi de Moïse en loi d’État, vv. 25-26 ; sur la base de cette loi se fera le contrôle de la communauté palestinienne, v. 14, et aussi des communautés juives de la Transeuphratène, v. 25 ; cette loi sera obligatoire, v. 26 ; c) les dispositions financières, vv. 15-20. Sur la politique religieuse des rois de Perse, cf. Esd 1.2.


12 p) Les vv. 12-26 sont en araméen.


12 q) Traduction hypothétique ; l’aram. a seulement « accompli », « fait »; 3 Esd 8.9 et syr. ont seulement « salut », « paix ». L’aram. peut signifier que le document est promulgué et inaltérable.


18 r) C’est-à-dire à la Loi, comme au v. 25.


19 s) « devant ton Dieu à Jérusalem » grec, 3 Esd 8.17 ; « devant le Dieu de Jérusalem » aram.


25 t) Concrètement, la Loi, cf. v. 18.


25 u) « des scribes » grec ; « des juges » aram.


25 v) « la Loi » grec, 3 Esd 8.23 ; « les lois » aram. — « Connaître la Loi », c’est la pratiquer.


Les livres d’Esdras et de Néhémie ne formaient qu’un seul « livre d’Esdras » dans la Bible hébraïque et dans la Septante. Comme celle-ci retenait le livre apocryphe grec d’Esdras et lui donnait la première place (Esdras I), le livre d’Esdras-Néhémie y est appelé Esdras II. À l’époque chrétienne, il fut divisé en deux et cet usage fut suivi par la Vulgate, dans laquelle Esdras I Esdras et Esdras II Néhémie ; l’apocryphe grec d’Esdras y est appelé Esdras III. La désignation des deux livres par leurs personnages principaux, Esdras et Néhémie, est encore plus récente ; elle a pénétré dans les éditions imprimées de la Bible massorétique.

Les livres d’Esdras et de Néhémie sont, comme on l’a dit, la continuation de l’œuvre du Chroniste. Après les cinquante années de l’Exil, dont il ne parle pas, celui-ci reprend l’histoire au moment où l’édit de Cyrus, en 538 av. J.-C., autorise les Juifs à retourner à Jérusalem pour y reconstruire le Temple. Les retours commencent aussitôt, mais les travaux du Temple sont interrompus par l’opposition des Samaritains et ne reprennent que sous Darius Ier ; le Temple est achevé en 515. Dans le demi-siècle qui suit, les efforts pour relever les remparts de Jérusalem sont entravés par les mêmes Samaritains, 1-6. Sous Artaxerxès, Esdras, un scribe chargé des affaires juives à la cour de Perse, arrive à Jérusalem avec une nouvelle caravane. Il est muni d’un firman qui lui donne autorité pour imposer à la communauté la Loi de Moïse, reconnue comme loi du roi. Il doit prendre des mesures sévères contre les Juifs qui avaient contracté mariage avec des femmes étrangères, 7-10. Puis Néhémie, échanson d’Artaxerxès, se fait donner par le roi la mission d’aller à Jérusalem pour en relever les murailles. Ce travail est rapidement achevé, malgré les oppositions des ennemis, et la ville est repeuplée, Ne 1.1 – 7.72a. Entre-temps, Néhémie a été nommé gouverneur. Esdras fait une lecture solennelle de la Loi, on célèbre la fête des Tentes, le peuple confesse ses péchés et s’engage à observer la Loi, Ne 7.72b – 10.40. Suivent des listes, des mesures complémentaires et la dédicace du rempart, 11.1-13.3. Néhémie, après être retourné en Perse, revient pour une seconde mission, au cours de laquelle il doit réprimer certains désordres qui se sont déjà introduits dans la communauté, Ne 13.4-31.

On voit, par ce sommaire, que ces livres sont très importants pour l’histoire de la Restauration juive après l’Exil. Les premiers chapitres d’Esdras complètent les renseignements qu’on peut tirer des prophètes Aggée, Zacharie et Malachie. Les deux livres sont la seule source que nous ayons sur l’activité d’Esdras et de Néhémie. La date de leur composition est antérieure à celle des Chroniques, mais surtout ils utilisent et citent textuellement des documents contemporains des faits : listes de rapatriés ou du peuplement de Jérusalem, actes des rois de Perse, correspondances avec la cour, surtout le rapport où Esdras rendit compte de sa mission et le mémoire justificatif de Néhémie.

Malgré cette abondance de sources, l’exégèse d’Esdras et de Néhémie est hérissée de difficultés, car les documents s’y présentent dans un ordre déconcertant. La liste des immigrants est donnée deux fois, Esd 2 et Ne 7 ; dans la section d’Esd 4.6 – 6.18, écrite en araméen, les événements du temps de Darius sont racontés après ceux des règnes de Xerxès et d’Artaxerxès, qui se placent cependant dans le demi-siècle qui suit. Les écrits provenant d’Esdras et de Néhémie ont été disloqués, puis combinés ensemble. En utilisant les dates précises qui y sont données, le rapport d’Esdras peut se restituer dans cet ordre : Esd 7.1-8.36 ; Ne 7.72b – 8.18 ; Esd 9.1 – 10.44 ; Ne 9.1-37.

Mais ce document a été récrit par le Chroniste, qui en a mis certaines parties à la troisième personne, et il a reçu des additions : la liste des coupables d’Esd 10.18, 20-44 et les prières d’Esd 9.6-15 et Ne 9.6-37. Le mémoire de Néhémie comprend les morceaux suivants : 1-2 ; 3.33– 7.5 ; 12.27 – 13.31. Le Chroniste y a inséré un document sur la reconstruction des murailles, Ne 3.1-32. La liste des premiers sionistes, Ne 7.6-72a, est reprise d’Esd 2. Le chap. 10 est un autre document d’archives, qui scelle l’engagement pris par la communauté lors de la seconde mission de Néhémie, 13. Le cadre du chap. 11 est une composition du Chroniste, à quoi ont été ajoutées des listes de la population de Jérusalem et de Juda et, au chap. 12, des listes de prêtres et de lévites.

Il apparaît que le Chroniste a voulu procéder par tableaux d’ensemble. Dans Esd 1-6, son objet principal est la reconstruction du Temple sous Darius : il a groupé les retours successifs de la captivité, estompé la figure de Sheshbaççar au profit de celle de Zorobabel, constitué une sorte de dossier antisamaritain. Dans la suite des livres, il a présenté Esdras et Néhémie travaillant ensemble à la réalisation d’une même œuvre.

Ces procédés de composition littéraire posent de graves problèmes aux historiens. La question la plus discutée et la plus difficile concerne la chronologie d’Esdras et de Néhémie. D’après l’ordre du livre, Esdras arriva à Jérusalem en 458, la septième année d’Artaxerxès Ier, Esd 7.8, Néhémie le rejoignit en 445, la vingtième année du même roi, Ne 2.1. Il resta douze années, Ne 13.6, donc jusqu’en 433, repartit en Perse pour un temps indéterminé et revint faire un second séjour, encore sous ArtaxerxèsIer, qui ne mourut qu’en 424. Cet ordre traditionnel est maintenu par de bons exégètes qui cependant restreignent à une année, d’après les indications précises du livre lui-même, la mission d’Esdras, et le font repartir avant l’arrivée de Néhémie. D’autres exégètes inversent cet ordre car il leur semble que l’œuvre d’Esdras suppose celle de Néhémie déjà accomplie. Les dates données pour Esdras se rapporteraient, non au règne d’Artaxerxès Ier comme celles de Néhémie, mais au règne d’ArtaxerxèsII, et Esdras ne serait arrivé qu’en 398. Enfin, accordant qu’Esdras est venu après Néhémie mais refusant de reconnaître un changement de règne dont le texte ne dit rien, certains exégètes récents font venir Esdras entre les deux missions de Néhémie, au prix d’une correction textuelle d’Esd 7.8 : Esdras serait arrivé, non la septième année, mais la trente-septième année d’Artaxerxès, en 428.

Chacune de ces solutions peut invoquer de bons arguments et chacune aussi se heurte à des difficultés ; le problème doit rester ouvert. Un seul point est sûr : l’activité de Néhémie à Jérusalem de 445 à 433 av. J.-C.

Pour l’intelligence religieuse des livres, il est d’ailleurs d’un intérêt secondaire. Conformément à l’intention de l’auteur, ils donnent un tableau synthétique, mais non pas trompeur, de la Restauration juive, et, pour comprendre celle-ci, les idées qui l’ont animée sont plus importantes à connaître que la suite exacte des faits. Profitant de la politique religieuse libérale que les Achéménides appliquaient dans leur empire, les Juifs reviennent en Terre promise, rétablissent le culte, reconstruisent le Temple, relèvent les murs de Jérusalem et vivent en communauté, gouvernés par des hommes de leur race et régis par la Loi de Moïse. Il ne leur en coûte qu’un loyalisme facile à garder vis-à-vis d’un pouvoir central respectueux de leurs coutumes. C’est un événement considérable, c’est la naissance du judaïsme, préparée par les longues méditations de l’Exil, aidée par l’intervention d’hommes providentiels.

Après Zorobabel, qui reconstruit le Temple mais dont le Chroniste tait les titres messianiques reconnus par Aggée et Zacharie, Ag 2.23 ; Za 6.12s, les pionniers de cette restauration furent Esdras et Néhémie. Esdras est vraiment le père du judaïsme, avec ses trois idées essentielles : la Race élue, le Temple, la Loi. Sa foi ardente et la nécessité de sauvegarder la communauté renaissante expliquent l’intransigeance de ses réformes et le particularisme qu’il imposa aux siens. Il est le patron des scribes et sa figure est allée en grandissant dans la tradition juive. Néhémie est au service des mêmes idées, mais il agit sur un autre plan : dans Jérusalem restaurée et repeuplée par lui, il donne à son peuple la possibilité et le goût d’une vie nationale. Son mémoire, plus personnel que le rapport d’Esdras, nous le fait connaître sensible et humain, payant de sa personne mais prudent et réfléchi, se confiant en Dieu qu’il prie souvent. Il laissa un grand souvenir et Ben Sira chante l’éloge de « celui qui releva pour nous les murs en ruines », Si 49.13.

Il n’est pas étonnant que, dans ce regroupement de la communauté autour du Temple et sous l’égide de la Loi, le Chroniste ait vu une réalisation de l’idéal théocratique qu’il avait prôné dans les Chroniques. Il sait bien que cette réalisation est imparfaite et qu’il faut attendre autre chose, mais, plus que dans les Chroniques, il est dépendant des documents qu’il reproduit : il garde leur ton particulariste qu’excusaient les circonstances, il respecte leur silence – inspiré sans doute par un loyalisme honorable – sur l’espérance messianique. Il écrit au milieu de cette période des IVe et IIIe siècles avant notre ère, qui nous est si mal connue et où la communauté de Jérusalem, repliée sur elle-même, se reconstruit en silence et s’approfondit spirituellement.

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